Le parfum arrive parfois avant l'île elle-même. Tahaa, dans les îles Sous-le-Vent de la Polynésie française, cultive la vanille sous ses frondaisons, et les alizés en portent l'odeur douce jusque sur le lagon. Tahaa partage avec sa voisine Raiatea un même récif corallien : les navires mouillent dans ce lagon commun et les canots déposent les passagers sur les pontons, au rythme tranquille qui règle toute la vie locale. Ici, aucune ville, aucun feu de circulation : des villages, des montagnes vertes et l'eau turquoise à perte de vue.

L'île vanille

Tahaa produit l'essentiel de la vanille de Polynésie française, et ses fermes ouvrent volontiers leurs ombrières aux passagers. On y apprend la patience que réclame cette orchidée : chaque fleur est fécondée à la main, un matin précis, puis les gousses sèchent des mois durant avant de livrer leur arôme. Les visites se terminent entre effluves enivrantes et sachets à rapporter, souvenirs légers et précieux qui parfumeront la valise jusqu'au retour à la maison. Les cuisiniers en croisière repartent avec des idées plein la tête.

Perles noires sur pilotis

Sur pilotis au-dessus des eaux calmes, plusieurs fermes perlières perpétuent l'élevage de la perle noire de Tahiti. Les visites montrent la greffe des huîtres, opération minutieuse dont dépend la naissance de chaque gemme, puis les récoltes aux reflets verts, aubergine ou bleu nuit. Acheter ici, directement du producteur, permet souvent de meilleures conditions que dans les boutiques de Papeete, et surtout une histoire à raconter avec le bijou : celle du lagon même où il a grandi.

Le jardin de corail

Entre la grande terre et l'un des motu qui frangent le récif, un chenal peu profond abrite le fameux jardin de corail. On s'y laisse porter par le courant, masque au visage, au-dessus des patates coralliennes où circulent poissons-papillons, poissons-clowns et bancs argentés. La dérive dure quelques dizaines de minutes de pur bonheur silencieux. Les accompagnateurs veillent, corrigent une trajectoire, tendent une main aux nageurs moins assurés. La plupart des excursions en pirogue à moteur combinent cette baignade avec un pique-nique sur un motu, poisson grillé et fruits servis les pieds dans le sable. Le poisson cru au lait de coco, plat emblématique polynésien, figure souvent au menu de ces haltes.

Repères pour l'escale

RepèreCe qu'il faut savoir
AccostageMouillage dans le lagon partagé avec Raiatea; transfert en canot
À faireVanilleraies, fermes perlières, jardin de corail, tour de l'île en pirogue
BaignadeMasque et tuba fournis par la plupart des excursions
À prévoirProtection solaire, chaussons de récif, argent pour les gousses et les perles

Villages et montagne

La route qui fait le tour de l'île relie une poignée de villages fleuris, Patio, Haamene, Tiva, où les églises chantent le dimanche et où les vendeurs de fruits saluent chaque voiture. Les collines portent des plantations de cocotiers et offrent, depuis quelques cols, des vues amples sur les baies profondes qui découpent la côte en pétales. Les tours guidés en 4x4 grimpent vers ces belvédères et racontent la vie locale, entre coprah, pêche et cultures.

La douceur qui reste

Quand le canot ramène les passagers vers le navire, dans la lumière du soir, Bora Bora se profile souvent au loin, prochaine étape de bien des itinéraires. Beaucoup regardent pourtant en arrière, vers cette terre sans hôtel-tour ni effervescence, tout entière parfumée, qui vit à l'heure des marées. Tahaa ne cherche pas à retenir : elle laisse partir, tranquille, certaine qu'une part de sa douceur voyage désormais dans chaque valise. C'est exactement ainsi que naissent les envies de retour. Le sillage du canot écrit le reste.