Depuis le pont, Tallinn s'annonce par ses flèches : clochers gothiques, bulbes orthodoxes et tours de guet percent la ligne des toits comme au temps de la Hanse. Son nom même viendrait de « Taani linn », la cité des Danois, souvenir du roi Valdemar qui s'en empara en 1219. La capitale estonienne possède l'un des centres médiévaux les mieux conservés d'Europe, classé par l'UNESCO, et il commence à un kilomètre à peine des quais. Quinze à vingt minutes de marche sur le plat, et l'on franchit les remparts pour changer de siècle.
La ville basse des marchands
Passé la porte, les ruelles pavées convergent vers Raekoja plats, la place de l'hôtel de ville. L'édifice qui lui donne son nom, achevé en 1404, demeure le plus ancien hôtel de ville conservé d'Europe du Nord; sa girouette, le Vieux Thomas, veille sur les toits depuis des générations. En face, la pharmacie municipale sert des clients depuis 1422 et expose fioles et remèdes d'époque dans son officine. Prenez ensuite le passage Sainte-Catherine, une venelle voûtée où souffleurs de verre, céramistes et relieurs travaillent dans les ateliers adossés à un ancien couvent : le Moyen Âge y a des mains bien vivantes.
Toompea, la colline du pouvoir
Une rampe pavée grimpe vers Toompea, la colline haute où siégeaient jadis chevaliers et gouverneurs, et aujourd'hui le parlement estonien. La cathédrale Alexandre-Nevski y déploie ses coupoles noires et ses mosaïques, héritage de l'époque impériale russe. Quelques pas plus loin, les plateformes de Kohtuotsa et de Patkuli offrent la vue inverse de celle du matin : la marée des toits rouges, les tours rondes des remparts et, au fond, la Baltique où patiente votre navire. Avec davantage de temps, le tramway file vers le parc de Kadriorg et le palais baroque voulu par Pierre le Grand pour son épouse Catherine.
Remparts, tours et canons
L'enceinte médiévale a gardé une belle part de ses tours, chacune avec son surnom. La Grosse Marguerite, trapue et percée de meurtrières, garde la porte côté mer et abrite le musée maritime estonien. Kiek in de Kök, la tour « regarde dans la cuisine », doit son nom aux artilleurs qui plongeaient le regard dans les foyers des maisons voisines; elle se visite avec les tunnels creusés sous les bastions. Longer les remparts, c'est feuilleter six siècles d'assauts, d'incendies et de reconstructions, danois, teutoniques, suédois et russes s'étant succédé au pied de ces pierres.
Entre le port et les murailles
Sur le chemin du retour, deux quartiers montrent l'autre Tallinn. Le quartier Rotermann, juste en retrait des quais, a converti ses usines de brique en un ensemble d'architecture contemporaine, de boutiques et de restaurants. Un peu plus à l'ouest le long du littoral, le musée maritime de Lennusadam occupe d'anciens hangars à hydravions aux voûtes de béton : on y monte à bord du sous-marin Lembit, fierté de la marine estonienne d'avant-guerre, et les enfants ne veulent plus en sortir.
| Point d'intérêt | Depuis les quais |
|---|---|
| Centre médiéval (porte côté mer) | 15 à 20 min de marche |
| Quartier Rotermann | 10 min à pied |
| Musée Lennusadam | 20 à 25 min à pied ou court taxi |
| Toompea et ses points de vue | 30 min à pied, montée comprise |
Douceurs d'escale
Avant de rembarquer, cédez à la tradition sucrée locale : le massepain, dont Tallinn revendique l'invention face à Lübeck, se déguste dans les cafés anciens nichés sous les voûtes, entre un chocolat chaud et des pâtisseries à la cannelle dont le parfum flotte jusque dans la rue. Il résume assez bien cette escale : une recette médiévale servie dans un pays parmi les plus numériques du monde. Deux siècles cohabitent ici sans se bousculer, et c'est précisément ce qui donne envie de revenir.


