Quatorze kilomètres à peine séparent ici l'Afrique de l'Europe. Depuis le pont, par temps clair, on distingue les côtes espagnoles de l'autre côté du détroit de Gibraltar, et c'est toute l'histoire de Tanger qui tient dans ce face-à-face : ville de passage, de négociants, d'espions et d'écrivains, longtemps zone internationale où se croisaient toutes les langues de la Méditerranée. Le terminal de Tanger Ville place les passagers à 800 mètres de la vieille ville. Dix à quinze minutes de marche, une montée soutenue, et l'on bascule dans un autre monde.

Monter vers la kasbah

Le plus simple consiste à prendre un petit taxi jusqu'à la porte haute de la kasbah, puis à redescendre à pied : la cité se déplie alors sous les yeux au lieu de se mériter dans l'effort. La citadelle occupe le point culminant de la médina. Derrière ses murailles, l'ancien palais du sultan, Dar el-Makhzen, abrite un musée consacré aux cultures méditerranéennes, avec mosaïques romaines, céramiques et manuscrits. Des terrasses voisines, la vue file jusqu'à l'Espagne.

La médina, du haut vers le bas

En redescendant, les ruelles blanches et bleues s'enchaînent en pente douce vers le Petit Socco, ancienne place des banquiers et des cafés littéraires où Paul Bowles et les écrivains de la Beat Generation avaient leurs habitudes. Les échoppes proposent cuir, épices, tissages et lampes de laiton; les artisans travaillent souvent sous les yeux des passants. On se perd volontiers, mais jamais longtemps : toute descente finit par ramener vers les portes basses de l'enceinte. Portes cloutées, fontaines à zelliges et terrasses entrevues ponctuent le chemin.

Le Grand Socco et la ville nouvelle

Au pied des remparts, la place du 9-Avril, que tout le monde appelle encore Grand Socco, fait la jonction avec les quartiers modernes. Marchandes de menthe assises à l'ombre, façade mauresque du cinéma Rif, palmiers et circulation joyeuse : c'est le cœur battant de Tanger. À quelques pas, le jardin de la Mendoubia offre un banc sous des ficus centenaires, et les terrasses permettent d'observer le va-et-vient en sirotant un thé.

La Légation américaine

Dans la partie basse de la médina se cache un bâtiment unique : la Légation américaine, premier bien immobilier acquis par les États-Unis à l'étranger, cadeau du sultan en 1821. Devenu musée, il raconte les liens anciens entre les deux pays et expose peintures et souvenirs du Tanger cosmopolite. Le lieu, avec ses patios et ses escaliers, mérite le détour autant que ses collections.

Café Hafa et le large

S'il reste du temps, deux options se disputent la fin de journée. La première : le café Hafa, fondé en 1921, dont les terrasses en escalier dévalent la falaise face au détroit; on y boit un thé à la menthe là où se sont assis les Rolling Stones et des générations de rêveurs, parmi les étudiants et les joueurs de cartes qui regardent passer les cargos. La seconde : une course en taxi vers le cap Spartel, à environ 14 kilomètres, où l'Atlantique rencontre la Méditerranée, et vers les grottes d'Hercule creusées dans la falaise voisine.

Repères de marche

LieuDepuis le terminalAccès
Entrée de la médina800 mÀ pied, 10 à 15 minutes
Kasbah et musée1,5 kmPetit taxi conseillé à la montée
Grand Socco1 kmÀ pied par les ruelles
Cap Spartel et grottes d'Hercule14 kmTaxi ou excursion

Ces ruelles ont inspiré Matisse, Delacroix et des dizaines de romanciers, et l'on comprend pourquoi en remontant la passerelle : la lumière du détroit change d'heure en heure, comme si elle refusait de se laisser fixer. On repart avec l'impression d'avoir tourné les pages d'un roman dont il resterait bien des chapitres à lire.