Le méridien de Greenwich traverse les bassins de Tema : les navires y franchissent la longitude zéro en accostant. Ce grand complexe portuaire, l'un des plus actifs du golfe de Guinée, sert de porte d'entrée maritime à Accra, la capitale du Ghana, distante d'environ 25 kilomètres vers l'ouest. L'escale se vit donc en deux temps : un débarquement industriel, puis l'immersion dans une capitale africaine bouillonnante.

De Tema à la capitale

L'amarrage se fait entre cargos et porte-conteneurs, dans une zone fermée aux piétons. Les compagnies organisent navettes et excursions; taxis et chauffeurs-guides attendent également à la sortie de l'enceinte. La route vers Accra prend le temps que la circulation veut bien lui laisser : mieux vaut regrouper ses visites et prévoir une marge confortable pour le retour à bord. Le trajet vaut déjà le coup d'œil, entre étals de bord de route, minibus bariolés et vendeurs ambulants faufilés entre les voitures, sacs d'eau glacée et arachides à bout de bras.

Jamestown, la ville première

Le vieux quartier de Jamestown s'étire autour du fort James, établi par les Britanniques au dix-septième siècle, et de son phare rayé de rouge et de blanc. Du haut de la tour, la vue embrasse les toits de tôle, les pirogues alignées sur la grève et l'océan qui cogne. Des jeunes du quartier proposent des visites guidées qui font vivre les lieux bien mieux qu'une marche solitaire. En contrebas, le quartier des pêcheurs vit à ciel ouvert : fumoirs, filets, criées, parties de boxe improvisées dans les gymnases de rue qui ont forgé plusieurs champions ghanéens.

Makola, l'école du commerce

Aucun centre commercial ne prépare à Makola. Le grand marché d'Accra déborde sur des rues entières : tissus imprimés, perles anciennes, poissons fumés, marmites, perruques et pièces d'automobiles s'y négocient dans un joyeux vacarme. On s'y laisse porter, de préférence avec un guide, en gardant l'appareil photo discret et le sourire en bandoulière : ici, tout commence par une salutation.

Mémoire et musées

Le musée national, rénové, présente les cultures du pays, des royaumes ashantis aux indépendances, avec une belle collection de poids à peser l'or et de textiles. Les explications des guides sur le kente, ce tissu rayé aux motifs codés dont chaque combinaison porte un message, donnent soudain un sens nouveau aux étoffes croisées le matin même au marché. Les places monumentales du centre rappellent, elles, le rôle pionnier du Ghana, premier pays d'Afrique subsaharienne à conquérir son indépendance, en 1957. Plusieurs circuits incluent aussi le mausolée dédié à Kwame Nkrumah, figure de cette émancipation.

Osu et la plage de Labadi

En fin de journée, le quartier d'Osu aligne restaurants, galeries et boutiques d'artisanat le long de sa rue principale : l'endroit parfait pour un jus de bissap ou un plat de riz jollof. Côté mer, la plage de Labadi rassemble familles, cavaliers et musiciens, surtout la fin de semaine. L'ambiance y vaut davantage que la baignade, souvent agitée : troupes de danse, vendeurs de noix de coco et cavaliers proposant un tour de plage composent un spectacle continu.

Repères pratiques

  • Comptez une journée complète pour la capitale; les environs immédiats de Tema offrent peu d'intérêt touristique.
  • Les cedis se retirent aux guichets automatiques des banques; les dollars dépannent pour les achats importants.
  • Eau embouteillée, chapeau et patience dans la circulation : le trio gagnant de l'escale.

Au retour, quand les grues de Tema se découpent dans le soir, les images se bousculent : le phare de Jamestown, les étals de Makola, les éclats de rire des marchandes. Accra ne se visite pas à proprement parler, elle s'éprouve. Et le passager qui remonte la passerelle sait déjà qu'il vient de serrer la main d'un continent, pas seulement d'une ville.