Pendant des siècles, les bateaux venaient ici attendre que la mer veuille bien changer d'avis. Tomonoura, blottie à la pointe d'une péninsule au centre de la mer intérieure de Seto, doit son existence aux marées : c'est à leur renverse que les navigateurs d'autrefois repartaient vers l'est ou l'ouest, et le mouillage prospéra dès le septième siècle grâce à cette géographie particulière. Aujourd'hui rattachée à la ville de Fukuyama, dans la préfecture de Hiroshima, la petite cité accueille les unités de croisière de taille modeste, qui trouvent là un Japon d'estampe presque intact.

Le phare de pierre et le vieux bassin

Tout converge vers le bassin ancien, où les barques de pêche se balancent devant un alignement de maisons de bois et d'entrepôts blancs. À l'entrée se dresse le jōyatō, une lanterne de pierre de onze mètres qui guide les marins depuis plus de 160 ans et qui s'allume encore au crépuscule. Autour subsistent les quais en escalier, taillés autrefois pour charger les bateaux quelle que soit la hauteur de la marée, un dispositif devenu rarissime au Japon. L'ensemble constitue l'un des paysages portuaires d'époque Edo les mieux conservés du pays, protégé comme district traditionnel.

Ruelles, temples et points de vue

Derrière le front de mer, un lacis de ruelles étroites grimpe entre demeures marchandes, ateliers et une densité étonnante de temples et de sanctuaires. Le Fukuzen-ji abrite le pavillon Taichōrō, d'où une baie vitrée cadre les îlots de la mer intérieure : des émissaires coréens de passage y ont vanté, il y a trois siècles, « le plus beau paysage du Japon », et les documents liés à ces missions figurent aujourd'hui dans un registre de l'UNESCO. Plus haut, l'Iōji, fondé voici plus d'un millénaire, récompense la montée par une vue plongeante sur les toits de tuiles et la rade.

Le village de Ponyo

Les amateurs d'animation reconnaîtront peut-être les lieux : Hayao Miyazaki a séjourné à Tomonoura, et le bourg passe pour avoir inspiré le décor de son film Ponyo sur la falaise. En flânant le long de l'eau, entre filets suspendus et chats assoupis sur les murets, on comprend ce qui a pu séduire le cinéaste. Les échoppes locales vendent d'ailleurs douceurs et souvenirs à l'effigie du petit poisson rouge, clin d'œil discret dans un décor resté sobre.

Vers Fukuyama

Pour qui souhaite compléter la journée, Fukuyama se trouve à environ 14 kilomètres, soit une trentaine de minutes d'autobus. La ville moderne s'organise autour de son château reconstruit, posé juste à côté de la gare, avec musées et jardins à proximité. Le contraste avec les ruelles de Tomonoura résume à lui seul deux visages du Japon, séparés par un simple trajet de campagne.

Repères pour l'escale

ÉlémentÀ savoir
ArrivéeEscale des navires de petite taille, bourg accessible à pied
JōyatōLanterne de pierre de 11 mètres à l'entrée du bassin
Pavillon TaichōrōVue célèbre sur la mer intérieure, au temple Fukuzen-ji
FukuyamaEnviron 14 km, une trentaine de minutes d'autobus

À l'heure du départ, quand la lanterne de pierre s'éloigne derrière la poupe, on songe à tous ces équipages qui ont patienté ici en regardant la même mer. Tomonoura n'a jamais couru après la modernité : elle a laissé passer les siècles comme elle laissait passer les marées. C'est ce temps suspendu que l'on emporte avec soi, et qui donne envie de guetter, sur les cartes des prochaines croisières, les plus petits noms de la mer intérieure.