La mer Noire porte bien son nom certains matins, quand la brume descend des montagnes pontiques et que Trabzon apparaît par couches, minarets d'abord, collines de théiers ensuite. Ici, rien ne ressemble à la Turquie des côtes égéennes : le climat est vert et humide, la cuisine sent l'anchois et la noisette, et l'histoire parle grec byzantin autant que turc ottoman. L'ancienne Trébizonde, dernier empire byzantin à tomber en 1461, accueille les navires dans un bassin proche du centre, à quelques minutes des bazars.
Le bazar et l'art du thé
Premiers pas tout indiqués : le quartier marchand autour de la rue Kunduracılar, où bijoutiers, marchands de cuivre et vendeurs de noisettes se partagent les arcades depuis l'époque de la route de la soie. Trabzon fut le débouché maritime des caravanes de Perse, et son bazar en garde l'animation. Partout, des verres tulipes de thé circulent sur des plateaux : la région de la mer Noire cultive tout le thé du pays, et le refuser serait presque un incident diplomatique. Les kunefe et baklavas des pâtisseries fournissent l'accompagnement, et les artisans du cuivre martèlent encore leurs plateaux dans les arrière-boutiques, un tintement qui guide les curieux mieux qu'un plan. En saison, les fritures d'anchois embaument les gargotes voisines.
Sainte-Sophie de Trébizonde
À une dizaine de minutes en taxi vers l'ouest, l'église Sainte-Sophie, Ayasofya, résume la destinée de la ville. Élevée au XIIIe siècle par les empereurs de Trébizonde, ornée de fresques d'une finesse rare, elle devint mosquée, puis musée, puis mosquée à nouveau, les fresques demeurant visibles dans plusieurs espaces. Ce va-et-vient des cultes résume mieux qu'un livre l'histoire stratifiée de la région. Son parvis planté de pins domine la mer, et son campanile isolé rappelle les liens de la cité avec le monde géorgien et arménien voisin. C'est le monument à ne pas laisser de côté, même lors d'une escale courte.
Sümela, le monastère suspendu
L'excursion phare de l'escale mène au monastère de Sümela, à environ 46 km au sud, soit une heure de route dans la vallée d'Altındere, le long d'un torrent bordé de sapins et de ruches, dans un paysage plus alpin que méditerranéen. Le spectacle défie l'entendement : un monastère de 72 pièces plaqué contre une falaise verticale, à flanc de montagne, fondé au IVe siècle par des moines venus chercher une icône de la Vierge. Fresques, chapelle rupestre et terrasses vertigineuses se visitent au terme d'une montée soutenue à pied depuis la navette. Prévoir une demi-journée complète et des chaussures sérieuses; le souvenir, lui, ne demande aucun entretien.
Boztepe et la maison d'Atatürk
Pour un panorama sans effort, la colline de Boztepe surplombe la baie avec ses jardins de thé où les familles s'attablent face à la mer. Le rituel local consiste à commander le samovar entier et à laisser filer l'heure. En redescendant, la villa blanche d'Atatürk, offerte au fondateur de la République lors de ses séjours, se visite dans son écrin de pins : mobilier d'époque, photographies et parterres soignés composent une pause paisible, appréciée des familles turques en visite. Les deux arrêts se combinent aisément en taxi dans l'après-midi.
Repères de distances
| Depuis le terminal | Distance approximative |
|---|---|
| Bazar et centre-ville | 1 à 2 km |
| Sainte-Sophie (Ayasofya) | environ 5 km |
| Colline de Boztepe | environ 3 km |
| Monastère de Sümela | environ 46 km |
Les collines de théiers s'assombrissent à l'heure de l'appareillage, et les lumières du bazar s'allument une à une. Trabzon laisse au voyageur quelque chose d'inhabituel : le sentiment d'avoir touché une Turquie que les circuits classiques ignorent, montagnarde, pluvieuse, fière de ses anchois et de ses monastères d'altitude. La mer Noire garde ses secrets; en voici un de percé, et il donne faim des autres.


