À 350 km au nord du cercle polaire, on s'attend à un avant-poste; on trouve une ville pleine de cafés, d'étudiants et de musées. Tromsø occupe une île posée entre les montagnes, reliée aux rives par un pont élancé, et cultive depuis longtemps un paradoxe assumé : celui d'une cité vivante et cultivée plantée au milieu de l'Arctique. Les navires accostent le plus souvent à Prostneset, en plein centre; les plus grands se rangent parfois à Breivika, à quelques kilomètres, d'où des navettes rejoignent le cœur de la cité.
La porte de l'Arctique
C'est d'ici que partaient les chasseurs de phoques, puis les expéditions polaires; Roald Amundsen y recruta des équipages et y laissa un monument. Le Musée polaire, installé dans d'anciens entrepôts de bois rouge sur le vieux quai, raconte sans fard ces épopées, trappeurs du Svalbard compris. À dix minutes de marche dans l'autre direction, Polaria complète le tableau, aquariums arctiques et phoques barbus à l'appui, dans un bâtiment dont l'architecture évoque des plaques de glace renversées par le vent.
Bois centenaire et vie de quartier
Le centre se découvre en marchant, le long de la rue Storgata et de ses maisons de bois des XVIIIe et XIXe siècles, épargnées par les incendies qui ont ravagé tant de cités nordiques. Librairies, cafés torréfacteurs et boutiques de laine se partagent les rez-de-chaussée; la discrète cathédrale luthérienne, l'une des rares de bois au monde, veille sur une place où l'on s'attarde même par grand froid. Les becs fins goûteront la tradition brassicole locale, entretenue par une maison fondée en 1877, parmi les plus septentrionales de la planète.
De l'autre côté du pont
Sur la rive continentale, la cathédrale arctique dresse ses arches blanches face au détroit. Consacrée en 1965, elle superpose des triangles de béton qui évoquent, selon les regards, un iceberg, une tente ou des séchoirs à poisson; l'immense vitrail qui ferme le chevet baigne l'intérieur d'une lumière bleutée. On la rejoint à pied par le pont, en marche d'une demi-heure environ depuis le centre, ou en quelques minutes d'autobus urbain.
Storsteinen, le balcon de la ville
Au pied de la montagne, à quelques centaines de mètres de là, le téléphérique Fjellheisen hisse ses cabines rouges jusqu'au replat de Storsteinen, à 421 m d'altitude. Quatre minutes de montée, et le panorama se déploie : l'île tout entière avec ses rues en damier, le pont, les fjords qui s'entrelacent et, l'été, le soleil de minuit qui refuse de se coucher. Des sentiers permettent aux marcheurs de redescendre à pied; les autres savoureront simplement un chocolat chaud au café du sommet.
S'orienter rapidement
| Site | Depuis le quai de Prostneset | Accès |
|---|---|---|
| Rue Storgata et centre | Quelques minutes | À pied |
| Musée polaire | Environ 700 m | Marche facile |
| Polaria | Environ 1 km | Marche facile |
| Cathédrale arctique et téléphérique | 2 à 3 km | Autobus ou taxi; 30 minutes pour les marcheurs |
Les saisons extrêmes
Entre fin mai et fin juillet, le jour ne finit jamais; de fin novembre à la mi-janvier, le soleil ne se lève pas, et la lumière bleue de midi compte parmi les plus belles choses que le Nord offre à voir. L'hiver amène aussi les aurores boréales, que l'on guette depuis Storsteinen ou les rives obscures à l'écart des lumières. Quelle que soit la saison, prévoyez des couches chaudes : le temps change vite entre deux rues.
Quand le navire s'écarte enfin du quai, la ville s'éloigne avec ses lumières serrées entre mer et montagnes, et l'on comprend pourquoi tant d'explorateurs en ont fait leur dernier port avant l'inconnu. Tromsø donne le goût du Nord; il est rare qu'on s'en défasse.


