La neige s'accroche aux sommets du Martial même en plein été austral, juste au-dessus des toits de tôle colorés d'Ushuaia. Entre les deux, une ville étonnamment vivante s'étire le long du canal Beagle, avec ses chocolateries, ses parrillas et ses boutiques d'équipement de plein air. Les navires y font escale au bout du continent américain, là où les cartes elles-mêmes semblent s'arrêter, et beaucoup de passagers y prennent aussi le départ vers l'Antarctique.
Un quai posé au pied de la ville
L'escale commence sans transition : le môle s'avance dans la baie face au centre, et une dizaine de minutes de marche suffisent pour rejoindre les premières rues. Sur le front de mer, le fameux panneau « Ushuaia, fin del mundo » attire les photographes dès le matin. Juste à côté, le quai touristique aligne les catamarans qui partent sillonner le Beagle, pendant que les cormorans se disputent les pilotis. La montagne ferme l'horizon de tous les côtés : on comprend vite pourquoi les habitants disent vivre « au bout du monde ».
L'effervescence de San Martín
À deux rues du port, l'avenue San Martín concentre la vie locale. La Terre de Feu bénéficie d'un statut de zone franche, ce qui explique l'abondance de commerces hors taxes, mais l'intérêt est ailleurs : cafés où l'on sert le chocolat chaud épais, vitrines de laines et de cuirs, librairies consacrées à la Patagonie. Aux tables des restaurants, la vedette s'appelle centolla, un crabe royal des eaux froides que l'on déguste simplement, avec un filet de citron. Le repas d'escale par excellence.
Le bagne devenu musée
Ushuaia doit son existence à une prison. Au début du XXe siècle, l'Argentine y a envoyé ses condamnés, qui ont bâti eux-mêmes leur pénitencier et, avec lui, une bonne partie de la ville. L'édifice, en service jusqu'au milieu du siècle, abrite aujourd'hui le Museo Marítimo y del Presidio : les ailes de cellules rayonnent autour d'une rotonde centrale, certaines laissées dans leur état d'origine, d'autres consacrées aux maquettes de navires, aux expéditions polaires et aux naufrages du cap Horn. On en ressort avec un tout autre regard sur cette communauté née de l'exil.
Le canal Beagle et son phare
Quelques heures suffisent pour une sortie en catamaran sur ces eaux légendaires, et l'expérience vaut la traversée. Les embarcations longent des îlots couverts de lions de mer et de cormorans, jusqu'au phare Les Éclaireurs, silhouette rayée rouge et blanc posée sur son rocher, devenue l'emblème de la région. Le vent pique, la lumière change sans cesse, et les montagnes chiliennes se dressent de l'autre côté du chenal. Prévoyez un coupe-vent, même sous le soleil.
La forêt subantarctique du parc national
À une douzaine de kilomètres à l'ouest, le parc national Tierra del Fuego protège un monde de tourbières, de lengas aux troncs tordus et de baies où la forêt descend jusqu'à l'eau. Les autobus d'excursion et les taxis y conduisent en une vingtaine de minutes; le petit Train de la Fin du Monde, qui reprend le tracé emprunté jadis par les prisonniers coupeurs de bois, offre une autre façon d'y pénétrer. Une courte marche vers la baie Lapataia, là où la route panaméricaine s'achève, résume à elle seule la Terre de Feu.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
|---|---|---|
| Centre-ville et avenue San Martín | Moins de 1 km | À pied |
| Museo Marítimo y del Presidio | Environ 1 km | À pied |
| Canal Beagle et phare Les Éclaireurs | Départ du quai touristique | Catamaran |
| Parc national Tierra del Fuego | Environ 12 km | Excursion, autobus ou taxi |
Au retour, depuis le pont supérieur, la ville paraît minuscule entre la masse sombre des montagnes et l'eau grise du chenal. C'est peut-être cela, le souvenir que laisse Ushuaia : le sentiment d'avoir marché quelques heures à l'extrême bord du monde habité, et l'envie tenace de pousser un jour plus loin, vers le grand Sud.


