Une quarantaine de collines serrées autour d'une baie, des maisons de tôle peinte accrochées aux pentes et de vieux ascenseurs funiculaires qui grimpent en grinçant : Valparaíso se reconnaît au premier regard. Les navires accostent dans le port commercial, au pied de la ville, et des navettes conduisent les passagers vers le terminal du Muelle Prat, d'où tout commence à pied. Bien des itinéraires présentent l'escale sous le nom de Valparaíso-Santiago, mais la capitale chilienne se trouve à plus de 100 km dans les terres; nous y reviendrons, car le choix mérite réflexion.
La Plaza Sotomayor, première étape
À quelques pas du débarcadère s'ouvre la Plaza Sotomayor, grande place officielle dominée par l'édifice bleu de la marine chilienne et par le monument aux héros du combat naval d'Iquique. Un kiosque touristique y distribue des cartes avec circuits pédestres, précieux point de départ. Autour, le quartier du port garde ses allures de grande époque, quand la rade servait d'étape majeure aux voiliers du cap Horn, avant que le canal de Panama ne détourne les routes maritimes. Cette histoire de marins, de banquiers et d'immigrants européens a laissé un centre classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Monter par les ascensores
Le plaisir principal de l'escale tient en un geste simple : monter. Une poignée d'ascenseurs funiculaires centenaires fonctionnent toujours, cabines de bois brinquebalantes qui hissent les passants vers les hauteurs pour quelques pièces. L'Ascensor Concepción, doyen du réseau, dépose ses passagers sur le Paseo Gervasoni et ses balcons face à la baie; l'Ascensor El Peral mène au Paseo Yugoslavo et au palais Baburizza, devenu musée des beaux-arts; l'Artillería, près du terminal, grimpe vers le Paseo 21 de Mayo et sa vue plongeante sur les grues du port. Chaque montée débouche sur un balcon urbain différent, et c'est ainsi que la ville se laisse comprendre : par étages.
Cerro Concepción et Cerro Alegre
Entre deux funiculaires, les cerros Concepción et Alegre se parcourent en flânant. Ruelles en escalier, façades victoriennes aux couleurs franches, murales qui changent au fil des ans, cafés installés dans d'anciennes demeures de négociants : ces deux collines concentrent l'âme de la cité. Les fresques de la rue et les points de vue s'enchaînent sans plan précis, et c'est très bien ainsi. Plus haut sur les pentes, La Sebastiana, la maison du poète Pablo Neruda, empile ses pièces biscornues comme un navire échoué dans la ville; ses fenêtres cadrent la baie mieux qu'aucun belvédère. Restez dans les secteurs patrimoniaux fréquentés, gardez les objets de valeur à bord, et la journée se déroulera sans souci.
Et Santiago, alors ?
Beaucoup de passagers embarquent ou débarquent ici, et les excursions vers Santiago existent bel et bien. Soyons francs : l'aller-retour demande plus de trois heures de route au total, ce qui laisse un temps limité dans la capitale. Pour une escale d'une journée, Valparaíso elle-même offre davantage, avec sa voisine balnéaire Viña del Mar en complément facile, à quelques minutes de taxi. La métropole se réserve plutôt à ceux qui prolongent leur voyage avant ou après la croisière, le temps d'une nuit ou deux entre les Andes et les vignobles.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
|---|---|---|
| Plaza Sotomayor | À quelques minutes du terminal | À pied |
| Cerros Concepción et Alegre | En surplomb du centre | Funiculaire ou escaliers |
| La Sebastiana | Sur les hauteurs | Taxi ou autobus |
| Viña del Mar | Une dizaine de kilomètres | Taxi ou métro régional |
| Santiago | Plus de 100 km | Excursion d'une journée complète |
Au retour, depuis le pont, les collines s'allument une à une à la tombée du jour, et l'amphithéâtre de tôle et de couleurs prend des airs de décor de théâtre. Pablo Neruda écrivait que Valparaíso ne s'était jamais peignée, et le compliment tient toujours : la ville reste échevelée, vivante, imprévisible. C'est exactement ce qui donne envie de remonter ses escaliers une prochaine fois.


