Une langue de terre entre deux baies, des crêtes couvertes de forêt et, à une trentaine de kilomètres à l'ouest, la frontière indonésienne : Vanimo tient sur une presqu'île, tout au bout de la côte nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les navires d'expédition y font une halte rare, mouillant devant la côte avant un débarquement en tender, selon l'état de la mer. Sur le rivage, une partie de la population vient assister à l'événement : une escale, ici, ne passe jamais inaperçue.

Une capitale de province au rythme lent

Chef-lieu du Sandaun, la province du Sepik occidental, Vanimo vit du bois, de l'administration et des allées et venues frontalières. Le bourg se parcourt à pied en peu de temps : quelques rues, des étals, la mer de part et d'autre de la presqu'île. Le chef-lieu compte quelque douze mille habitants, dont une bonne partie semble s'être donné rendez-vous près du débarcadère les jours de navire. Deux baies encadrent d'ailleurs le bourg, et l'on passe de l'une à l'autre en quelques minutes de marche, salué au passage par des habitants peu habitués aux visages nouveaux. L'intérêt de l'endroit tient moins aux monuments qu'à l'immersion : presque personne n'y vit du tourisme, et chaque rencontre garde une spontanéité que les grandes destinations ont perdue depuis longtemps.

Le marché, cœur battant

Sous les tôles et les parasols du marché, les femmes vendent sagou, poissons du matin, bananes et montagnes de fruits, au milieu des conversations et des rires. On y trouve surtout les bilums, ces sacs en filet tissés à la main que tout le pays porte en bandoulière : chaque région a ses motifs, et ceux du Sandaun voyagent rarement jusqu'aux boutiques des capitales. Quelques kinas en poche suffisent, et le marchandage se fait en douceur, sourire compris. Les étals changent au gré des arrivages et des saisons, si bien que deux passages dans la même matinée réservent parfois deux spectacles différents.

Lido et les vagues

À quelques kilomètres à l'ouest, le village de Lido aligne ses maisons sur pilotis derrière une plage plantée de cocotiers. Les surfeurs du monde entier connaissent ce nom : d'octobre à avril, la houle du Pacifique déroule sur les récifs voisins certaines des vagues les plus régulières du pays, presque toujours sans personne à l'eau. Les connaisseurs citent aussi Yako et Waromo, hameaux voisins où la houle travaille d'autres récifs. Les passagers de passage se contentent volontiers d'une marche sur le sable, d'une baignade prudente et du spectacle des enfants qui jouent dans l'écume comme d'autres dans une cour d'école.

La forêt et les chants

Passé les dernières maisons, la forêt reprend tous ses droits : oiseaux éclatants, papillons larges comme la main, sentiers que les accompagnateurs naturalistes des expéditions font parfois explorer en petit groupe. Le contraste saisit : à dix minutes du centre, le monde redevient entièrement végétal, bruissant, saturé de vert. L'air s'épaissit, chargé d'humus et d'humidité tiède; des cris d'oiseaux tombent de la canopée sans que l'on parvienne jamais à en repérer les auteurs. Les communautés organisent souvent, pour les escales, un sing-sing de bienvenue : danses parées de plumes et de coquillages, percussions, récits chantés. Les tambours se répondent d'un groupe à l'autre, et les enfants, au bord du cercle, reprennent déjà les gestes des aînés. On goûte à l'occasion le sagou, aliment de base de la côte, ou le poisson cuit dans le bambou, préparé sous les yeux des invités.

Au moment du retour vers le navire, la presqu'île s'étire dans la lumière, verte et tranquille, entre ses deux baies. Vanimo n'offre ni vitrine ni décor : elle offre du réel, des poignées de main, des regards francs, des visages que l'on n'oublie pas. Et c'est la raison pour laquelle bien des passagers, en refaisant le fil de leur voyage, citent cette journée modeste parmi leurs souvenirs les plus vifs.