Un vieux moulin à pans de bois enjambe la Seine, posé en équilibre sur les piles d'un pont médiéval disparu. C'est la première image que Vernon offre aux bateaux qui remontent le fleuve entre Paris et la Normandie, et elle résume la ville : de l'eau, du colombage, et un air de tableau impressionniste. Rien d'étonnant, Claude Monet a passé ici les quarante-trois dernières années de sa vie, à cinq kilomètres du quai où les navires fluviaux s'amarrent, en bordure immédiate du centre.
Giverny, le jardin d'un peintre
La plupart des passagers consacrent leur matinée à Giverny, accessible en excursion, en vélo par une agréable piste le long de la Seine, ou même à pied pour les bons marcheurs. Dans la maison rose aux volets verts, les pièces conservent leur décor d'époque, de la salle à manger jaune à la collection d'estampes japonaises. Dehors, le Clos normand déploie ses allées débordantes de fleurs, différentes à chaque saison, et le jardin d'eau, creusé par Monet lui-même, réunit l'étang aux nymphéas, les saules et le pont japonais peints des centaines de fois. Les nymphéas s'épanouissent surtout de juin à septembre, mais chaque mois compose sa palette, des tulipes d'avril aux dahlias d'automne. Tôt en matinée, avant l'arrivée des autocars, le lieu retrouve presque le calme que cherchait le maître de l'impressionnisme. Le musée des impressionnismes, à quelques pas, complète la visite par ses expositions consacrées au mouvement et à ses héritiers.
Vernon, plus qu'une ville-étape
Il serait dommage de réduire l'escale au pèlerinage pictural. Fondée au IXe siècle, position stratégique entre royaume de France et duché de Normandie, la cité aligne autour de la collégiale Notre-Dame un centre ancien soigneusement restauré. La façade gothique flamboyant de l'église, sa rosace et ses hautes voûtes dominent des rues où subsistent de nombreuses maisons à colombages, dont la Maison du Temps Jadis, si sculptée qu'elle abrite aujourd'hui l'office de tourisme. La Tour des Archives, donjon du XIIe siècle, rappelle le château fort voulu par Philippe Auguste pour verrouiller la frontière de la Seine.
Trois haltes à ne pas manquer
- Le Vieux-Moulin, emblème de la ville, se photographie depuis le pont Clemenceau ou depuis la rive droite, avec les restes du pont médiéval qui le portent au-dessus du courant.
- Le musée de Vernon, dans un hôtel particulier, conserve quelques toiles de Monet ainsi que des œuvres de Bonnard et des peintres animaliers, un ensemble modeste mais choisi.
- Le château de Bizy, à deux kilomètres du centre, entouré d'un parc aux grandes eaux inspiré de Versailles, ouvre ses salons meublés du XVIIIe siècle aux visiteurs de passage.
Le rythme d'une journée sur la Seine
Les distances jouent pour le passager : quai, collégiale et vieilles rues se tiennent dans un rayon de quelques centaines de mètres, et Giverny demeure l'une des excursions les plus courtes du parcours normand. Une organisation classique combine les jardins le matin, le déjeuner à bord, puis la découverte à pied de la vieille ville en début d'après-midi, avec pause en terrasse sur la place de la collégiale, un fromage normand et un cidre local à la carte.
Quand le bateau largue les amarres, le Vieux-Moulin défile une dernière fois derrière les arbres de la berge. On songe alors à ce que Monet répétait : tout est dans la lumière, jamais deux fois la même sur le même motif. Vernon et Giverny en font la démonstration continue, d'heure en heure, de saison en saison. Les nymphéas exposés dans les musées du monde entier sont nés à cinq kilomètres de ce quai ; l'avoir vu de ses yeux change à jamais la façon de les regarder.


