Beaucoup de croisiéristes aperçoivent Victoria pour la première fois à la tombée du jour, quand les milliers d'ampoules du parlement de la Colombie-Britannique s'allument au-dessus du port intérieur. La capitale provinciale, posée à la pointe sud de l'île de Vancouver, reçoit la plupart des navires en fin de journée, lors d'escales de cinq à huit heures sur la route de l'Alaska ou de Seattle. Une soirée suffit pour tomber sous le charme britannique de la ville; une journée complète permet d'aller beaucoup plus loin.

D'Ogden Point au port intérieur

Les navires accostent au terminal d'Ogden Point, à environ deux kilomètres du centre. Les marcheurs rejoignent le port intérieur en une demi-heure par des rues résidentielles bordées de jardins, ou mieux, par le sentier du littoral qui passe devant les maisons flottantes multicolores de Fisherman's Wharf. Des navettes relient autrement le terminal au centre-ville toutes les quinze minutes, et des calèches comme des pousse-pousse attendent au pied de la passerelle. Le brise-lames d'Ogden Point lui-même vaut quelques pas : les résidents viennent y marcher au coucher du soleil, face au détroit de Juan de Fuca et, par temps clair, aux monts Olympic de l'État de Washington.

Le cœur victorien

Autour du bassin où se posent les hydravions, trois monuments définissent la ville. Le parlement, d'abord, chef-d'œuvre néo-baroque achevé en 1897. L'hôtel Fairmont Empress ensuite, palace couvert de lierre où le thé de l'après-midi se prend selon un cérémonial hérité de l'époque édouardienne; la réservation est fortement conseillée. Le Royal BC Museum enfin, considéré parmi les meilleurs musées du pays pour ses salles consacrées aux Premières Nations de la côte du Pacifique et sa reconstitution d'une rue ancienne, grandeur nature, que l'on parcourt dans une pénombre d'époque.

Ruelles et jardins

Quelques rues au nord, le quartier chinois de Victoria, le plus ancien du Canada, se faufile dans Fan Tan Alley, une ruelle si étroite que l'on touche presque les deux murs en écartant les bras. Boutiques de thé, disquaires et échoppes s'y succèdent dans un désordre joyeux. Les amateurs de verdure, eux, montent vers Beacon Hill Park, ses paons en liberté et l'un des plus hauts mâts totémiques du monde, à quinze minutes à pied du parlement.

Une folie de charbonnier

Les amateurs d'architecture poussent parfois jusqu'au château Craigdarroch, une résidence victorienne de 39 pièces érigée à la fin des années 1880 par un magnat du charbon, à environ deux kilomètres du bassin. Boiseries sombres, vitraux et tourelle panoramique y résument l'opulence de la jeune colonie, quand les fortunes de l'île se bâtissaient dans les mines et le commerce du Pacifique.

Les jardins Butchart, si le temps le permet

À 21 kilomètres du terminal, les jardins Butchart transforment depuis 1904 une ancienne carrière de calcaire en l'un des ensembles horticoles les plus célèbres d'Amérique du Nord. Comptez environ une heure de route depuis le débarquement et au moins deux heures sur place : l'excursion se réserve donc aux escales de six heures et plus. Les soirs d'été du samedi, des feux d'artifice illuminent le domaine, un souvenir mémorable pour les navires qui repartent tard.

À glisser dans la journée

  • Sortie d'observation des épaulards et des baleines grises, de mai à octobre, au départ des quais du centre.
  • Fish and chips sur les quais de Fisherman's Wharf, entre les phoques qui mendient et les maisons flottantes.
  • Lèche-vitrines sur Government Street, entre lainages, thés importés et chocolatiers centenaires.

Une dernière lumière

En redescendant vers Ogden Point, la silhouette illuminée du parlement se reflète dans le bassin pendant que les hydravions rentrent se poser un à un. Victoria distille un art de vivre insulaire fait de fleurs, de théières fumantes et d'horizons marins. Bien des passagers repartent en se disant que cinq heures d'escale n'auront été qu'une présentation officielle, et que l'île de Vancouver mérite, un jour, son propre voyage.