Deux clochers néogothiques accueillent les passagers dès la passerelle : ceux de l'église de Mexikoplatz, dressés juste derrière la berge du Handelskai où s'amarrent les navires fluviaux. Le Danube traverse ici Vienne par son bras moderne, large et paisible, face à la longue île verte où courent joggeurs et cyclistes. Les palais impériaux se tiennent un peu plus loin, et c'est très bien ainsi : la capitale autrichienne se mérite, puis se donne entièrement en quelques stations de métro.
Du quai au cœur impérial
La plupart des unités fluviales s'amarrent le long du Handelskai, près du pont Reichsbrücke ; d'autres accostent à Nussdorf, en amont. Depuis le Handelskai, cinq à dix minutes de marche mènent à la station Vorgartenstrasse, d'où la ligne U1 file droit vers Stephansplatz. On quitte la berge, on s'engouffre sous terre, et l'on ressort une dizaine de minutes plus tard au pied de la cathédrale. Peu de capitales européennes offrent un raccourci aussi commode entre un amarrage fluvial et un centre inscrit au patrimoine mondial.
Saint-Étienne et les ruelles anciennes
Le toit de la cathédrale Saint-Étienne retient d'abord le regard : plus de 200 000 tuiles vernissées y composent des chevrons éclatants et un aigle impérial. La flèche sud, elle, s'élève à plus de 130 m au-dessus des calèches qui patientent sur le parvis. Autour, le Graben déroule ses façades cossues et sa colonne de la Peste, avant que les ruelles voisines ne révèlent cours pavées, enseignes dorées et passages voûtés. En marchant vers la Hofburg, résidence des Habsbourg pendant plus de six siècles, on croise l'École espagnole d'équitation et les vitrines des confiseurs qui empilent leurs boîtes de Sachertorte.
Le Ring, un boulevard-musée
Un simple tramway permet ensuite de parcourir la Ringstrasse, ce boulevard circulaire percé au XIXe siècle à l'emplacement des remparts. Défilent alors l'Opéra national, les musées jumeaux de Maria-Theresien-Platz, le Parlement à colonnades grecques, l'hôtel de ville néogothique et le Burgtheater. Chaque façade semble vouloir surpasser la précédente ; l'ensemble raconte l'ambition d'un empire qui se croyait éternel. Les amateurs de peinture pousseront jusqu'au palais du Belvédère, dont la galerie conserve Le Baiser de Klimt ; prévoyez toutefois une bonne heure pour l'aller-retour.
La pause qui fait partie du voyage
Une halte s'impose dans un café traditionnel, institution que l'UNESCO reconnaît comme patrimoine culturel immatériel. Banquettes de velours, lustres, journaux tendus sur leurs baguettes de bois : le serveur en veston noir apporte le mélange, un espresso coiffé de mousse de lait, accompagné d'un verre d'eau et d'aucune intention de vous presser. Le strudel aux pommes et la torte au chocolat se disputent ensuite les faveurs de la table, et le cérémonial poli du service fait partie du plaisir.
Le Prater sur le chemin du retour
Entre le cœur historique et la berge, la ligne U1 dessert le Prater, immense parc où tourne depuis 1897 la grande roue de Vienne. Ses cabines de bois rouge grimpent à quelque 65 m et offrent, au ralenti, une vue complète sur la capitale et le fleuve. Les allées de marronniers se prêtent à une dernière flânerie, à moins de préférer la promenade de l'île du Danube, juste en face de l'amarrage.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
|---|---|---|
| Cathédrale Saint-Étienne | Près de 4 km | Ligne U1 depuis Vorgartenstrasse |
| Ringstrasse et Hofburg | 4 à 5 km | U1 puis tramway |
| Grande roue du Prater | Environ 2 km | À pied ou U1 |
| Château de Schönbrunn | Quelque 8 km | U-Bahn puis tramway, escales longues seulement |
Au retour, beaucoup de passagers s'attardent sur le pont pour regarder les lumières du Reichsbrücke se poser sur l'eau. Une valse joue parfois dans le salon du navire ; personne ne s'en plaint. Vienne laisse cette impression rare d'une grande capitale qui se serait livrée en une journée tout en gardant, pour la prochaine fois, ses palais d'été, ses collections et ses caves des faubourgs.


