Des dragons veillent sur Vik. Sculptés il y a près de neuf siècles, ils ornent les portails de bois de l'église de Hopperstad, l'une des plus anciennes églises en bois debout de Norvège, dressée au-dessus du village depuis les années 1130. Les passagers qui débarquent à Vikøyri, le hameau riverain qui sert de porte d'entrée à la commune de Vik, aperçoivent vite sa silhouette sombre et effilée entre les vergers. Peu d'escales du Sognefjord offrent un face-à-face aussi direct avec le Moyen Âge nordique.

Sur la rive sud du roi des fjords

Le Sognefjord, le plus long et le plus profond de Norvège, taille son chemin sur plus de 200 kilomètres à l'intérieur des terres. Vik occupe une rare poche de terrain plat sur sa rive sud, un éventail de champs et de vergers ouvert entre deux parois. Les navires de taille modeste accostent ou mouillent devant le village, et tout se joue ensuite à distance de marche ou en quelques minutes de navette : l'église médiévale, le vieux rivage et les fermes en amont de la vallée.

Hopperstad, chef-d'œuvre de bois

Montée vers 1130, l'église de Hopperstad appartient au cercle très fermé des stavkirker originales encore debout, une trentaine dans tout le pays. Sa construction ne doit rien au hasard : des mâts porteurs soutiennent l'édifice comme la membrure d'un navire inversé, savoir-faire hérité des charpentiers de marine de l'époque viking. Les portails sculptés mêlent entrelacs, feuillages et dragons, symboles d'un monde où la foi nouvelle composait encore avec les anciennes croyances. L'intérieur, sombre et parfumé de goudron de pin, conserve un baldaquin médiéval orné de peintures. La visite guidée, offerte en saison, transforme cette halte en leçon d'histoire vivante.

Hove, la doyenne de pierre

À quelques minutes de là, une seconde surprise attend les curieux : l'église de Hove, petit sanctuaire de pierre du douzième siècle, considéré comme l'un des plus anciens bâtiments de pierre du Sogn. Ses murs trapus et son clocher carré contrastent avec l'élan de bois de sa voisine. Deux églises presque millénaires à une demi-heure de marche l'une de l'autre : le détail dit assez l'importance qu'eut cette vallée à l'époque médiévale, quand les routes maritimes du fjord valaient bien des routes terrestres.

Le village des riverains

Vikøyri même mérite la flânerie. Ce cordon de maisons serrées près de l'embouchure de la rivière abritait jadis les familles sans terre qui vivaient de la pêche et du travail saisonnier. Un parcours culturel balisé raconte leur quotidien, entre cabanons à bateaux et jardinets. Les amateurs de saveurs locales chercheront quant à eux le gamalost, fromage ancestral au caractère bien trempé dont Vik demeure l'unique lieu de production traditionnel au pays. Sa pâte brune, vieillie et corsée, se déguste sur du pain plat avec un peu de confiture : un souvenir gustatif qui remonte, dit-on, à l'âge des Vikings.

Prendre de la hauteur

Pour les marcheurs, les sentiers qui grimpent au-dessus de la vallée récompensent l'effort par des vues plongeantes sur le fjord, ruban d'eau sombre entre les montagnes. Au printemps, les vergers fleurissent en contrebas ; à l'automne, les pentes se couvrent de bruyères rousses. La lumière rasante du soir, qui embrase les parois de la rive nord, offre aux photographes leurs plus belles prises.

Ce que murmurent les dragons

En reprenant le large, le regard s'accroche une dernière fois au clocher effilé de Hopperstad. Des générations de bâtisseurs, de paysans et de pêcheurs ont vécu dans cette vallée sans imaginer que leur sanctuaire traverserait les siècles. Elle est toujours là, gardée par ses dragons, et c'est un privilège discret que de l'avoir approchée. Le Sognefjord compte des escales plus spectaculaires ; il en compte peu d'aussi profondes.