L'entrée se mérite : un chenal étroit faufilé entre les collines, réputé l'un des plus délicats du Brésil, mène les navires jusqu'au cœur de Vitória, capitale de l'État d'Espírito Santo bâtie sur une île au fond de sa baie. Dès l'approche, le regard accroche un piton boisé couronné de murs blancs sur la rive de Vila Velha : le Convento da Penha, sanctuaire fondé en 1558, qui veille sur le passage des bateaux depuis plus de quatre siècles. Peu d'arrivées en Amérique du Sud offrent une telle mise en scène.
La ville haute et ses palais
Une fois à quai, le centre historique se trouve à portée immédiate. La Cidade Alta, la ville haute, aligne ses témoins d'époque coloniale autour de ruelles en pente : le Palácio Anchieta, ancien collège jésuite devenu siège du gouvernement de l'État, ouvre certaines de ses salles et sa chapelle aux curieux; la cathédrale métropolitaine dresse ses flèches néogothiques un peu plus haut; le Theatro Carlos Gomes, inspiré des salles italiennes, borde la place Costa Pereira où les habitants se donnent rendez-vous sous les palmiers impériaux. L'ensemble se parcourt à pied en une heure ou deux, dans l'animation tranquille d'une capitale régionale qui voit encore peu de croisiéristes.
Le Convento da Penha
Pour la vue comme pour l'histoire, la traversée vers Vila Velha s'impose. Au sommet de son rocher haut d'environ 150 m, le Convento da Penha compte parmi les plus anciens sanctuaires du Brésil, objet d'une dévotion toujours vivante dans toute la région. La montée se fait par une rampe ombragée; là-haut, les terrasses embrassent la baie entière, le pont qui l'enjambe, les plages et les deux villes sœurs. Les pèlerins y déposent des fleurs, les photographes y attendent la lumière, et chacun redescend avec la même image en tête : celle d'une baie vue comme du haut d'un clocher.
La moqueca dans sa marmite d'argile
Vitória défend avec fierté un plat qui la distingue du reste du pays : la moqueca capixaba. Contrairement à sa cousine bahianaise, elle se prépare sans lait de coco ni huile de palme, seulement du poisson frais, des tomates, de la coriandre et du roucou, mijotés dans une panela de barro, la marmite d'argile noire façonnée à la main par les artisanes du quartier de Goiabeiras. Ce savoir-faire, transmis de mère en fille, est reconnu comme patrimoine culturel brésilien. Goûter une moqueca fumante dans sa marmite, face à la mer, résume l'escale mieux que n'importe quel monument.
Plages et front de mer
Reste le littoral, omniprésent. Côté Vitória, la plage de Camburi étire son ruban de sable sur environ 6 km, longée d'une promenade où joggeurs et cyclistes défilent du matin au soir; le quartier de la Praia do Canto concentre terrasses et restaurants autour de ses places animées. Côté Vila Velha, la Praia da Costa attire les familles au pied des immeubles blancs. Au marché artisanal, vanneries, dentelles et marmites d'argile composent des souvenirs qui ont du sens, puisqu'ils viennent des ateliers mêmes de la région.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
|---|---|---|
| Centre historique (Palácio Anchieta, cathédrale) | À proximité du port | À pied ou en taxi |
| Convento da Penha | Rive de Vila Velha | Taxi, puis montée à pied |
| Plage de Camburi | Quelques kilomètres au nord | Taxi |
| Ateliers de Goiabeiras | Au nord du centre | Taxi ou excursion |
Au départ, le navire refait en sens inverse le chemin du chenal, et le sanctuaire perché salue une dernière fois les passagers. Vitória n'apparaît encore que sur une poignée d'itinéraires, ce qui fait son charme : une capitale à taille humaine, une baie spectaculaire, une cuisine qui n'existe nulle part ailleurs. Voilà le genre d'escale dont on reparle à table, longtemps après, en cherchant en vain une moqueca comparable.


