C'est d'ici, racontent les Grecs, que Jason et les Argonautes ont largué les amarres pour partir chercher la Toison d'or. Volos assume fièrement cet héritage : sa grande promenade de bord de mer s'appelle Argonafton, l'avenue des Argonautes, et une réplique de navire antique se balance parfois dans son bassin. Adossée au mont Pélion, la ville s'étire au fond du golfe Pagasétique, dans une région où la mythologie affleure à chaque détour.

Les navires accostent en bordure immédiate du centre : cinq à dix minutes de marche suffisent pour rejoindre la promenade et ses cafés. Rares sont les escales grecques aussi simples à aborder. Reconstruit après les séismes du milieu du 20e siècle, le tissu urbain aligne immeubles bas, places animées et églises au dôme lumineux, dans une atmosphère de ville universitaire qui surprend souvent les visiteurs.

L'art du tsipouro

Volos possède une institution bien à elle : les tsipouradika. Dans ces tavernes spécialisées, chaque carafe de tsipouro, l'eau-de-vie locale, s'accompagne d'une assiette de mezzés différente, poulpe grillé, sardines, salades citronnées. Plus on commande de tournées, plus les plats se succèdent et se raffinent. S'attabler dans l'une de ces adresses, entouré d'habitués qui refont le monde, reste la façon la plus directe de toucher l'âme de la ville. La tradition serait née avec les réfugiés d'Asie Mineure venus s'établir ici au siècle dernier, et elle fait aujourd'hui la fierté de toute la région : on compte des dizaines de ces tavernes, du front de mer aux quartiers ouvriers.

Des Néolithiques aux Centaures

Le passé de la région remonte bien avant les Argonautes. Le Musée archéologique expose les vestiges de Sesklo et de Dimini, deux des plus anciens villages néolithiques d'Europe, découverts aux portes de la ville. Quant au mont Pélion qui domine les toits, la mythologie en avait fait le territoire des Centaures, ces créatures mi-hommes mi-chevaux dont Chiron, précepteur d'Achille, fut le plus sage. Difficile de trouver un décor plus chargé de récits.

Les villages du Pélion

Une trentaine de minutes de route en lacets mène à Makrinitsa, surnommée le balcon du Pélion. Le village étage ses demeures traditionnelles à flanc de montagne, autour d'une place ombragée de platanes centenaires d'où la vue plonge sur le golfe tout entier. Portaria, sa voisine, aligne sentiers pavés et fontaines. L'air y est plus frais, chargé d'odeurs d'herbes et de feuillage, et le contraste avec le front de mer donne à l'escale une double personnalité, maritime et montagnarde. Les gourmands y goûteront les spoon sweets, ces fruits confits servis à la cuillère, spécialité des maisons d'hôtes de la montagne.

Les Météores, l'excursion phare

Volos sert aussi de porte d'accès aux Météores, à environ deux heures de route. Les monastères y coiffent des pitons de grès aux parois verticales, dans un paysage classé au patrimoine mondial qui semble défier les lois de l'équilibre. La journée est longue, mais ceux qui la tentent en reviennent rarement déçus : peu de sites religieux au monde provoquent un tel saisissement.

ExcursionTemps de route approximatif
Makrinitsa et Portaria (villages de montagne)Environ 30 minutes
Monastères des MétéoresEnviron 1 h 30 à 2 h

Retour sur l'avenue des Argonautes

Que la journée ait mené aux monastères perchés ou simplement d'une taverne à l'autre, elle se termine presque toujours sur la promenade, face aux montagnes qui rosissent au couchant. Les pêcheurs rentrent, les terrasses s'animent, et l'on repense à ces marins partis d'ici vers l'inconnu voilà trois mille ans. Volos donne envie de faire comme eux : revenir un jour, et pousser l'exploration un peu plus loin, vers les plages du versant oriental de la montagne peut-être, ou vers les îles Sporades toutes proches.