Trois familles seulement avaient le droit de donner un shogun au Japon, et l'une d'elles régnait ici. Du haut de sa colline surnommée le « tigre couché », le château de Wakayama rappelle que cette ville portuaire du Kansai, aujourd'hui discrète, fut le fief des Tokugawa de Kishu, berceau du huitième shogun Yoshimune. L'escale conjugue ce passé prestigieux avec une baie chantée par les poètes depuis treize siècles et quelques-unes des meilleures tables de nouilles du pays.
Du môle industriel au cœur de la ville
Les navires accostent au port de Wakayama-Shimotsu, sur un môle industriel dépourvu de services : prévoyez d'emblée de vous éloigner du quai. Les compagnies mettent presque toujours en place une navette vers la gare centrale ou le pied du donjon, à 15 ou 20 minutes de route; les taxis complètent l'offre. Une fois en ville, bus et petites lignes ferroviaires desservent les principaux attraits, tous regroupés dans un rayon raisonnable.
Le château du tigre couché
Fondé en 1585 sur ordre de Toyotomi Hideyoshi, la forteresse domine le centre depuis sa butte boisée. Le donjon reconstruit abrite armures et documents du clan, mais l'essentiel se joue dehors : les murailles aux pierres inégales, le jardin Nishinomaru et son étang à l'ombre des érables, et surtout l'Ohashi Roka, un pont couvert en pente douce que les seigneurs empruntaient à l'abri des regards. Du sommet, la vue balaie les toits jusqu'à la mer. Comptez une bonne heure et demie pour flâner dans l'enceinte.
Kimiidera, le temple aux 200 marches
Au sud du centre, le temple Kimiidera occupe le flanc d'une colline depuis le huitième siècle. Deuxième étape du grand pèlerinage de Saigoku consacré à Kannon, il se mérite : plus de 200 marches de pierre grimpent entre les lanternes et les camphriers. L'effort débouche sur des terrasses de bois d'où la baie de Wakaura se déploie en contrebas, parsemée de voiles. Les cerisiers du sanctuaire comptent parmi les premiers de la région à fleurir, ce qui vaut au lieu une affection particulière des Japonais.
La baie des poètes
Ce rivage inspira les auteurs du Manyoshu, la plus ancienne anthologie poétique du pays. On y découvre le sanctuaire Kishu Toshogu, perché au bout d'un escalier raide, dont les sculptures polychromes évoquent le style flamboyant de Nikko en format intime. Tout près, le jardin Yosuien mérite le détour : créé par un seigneur Tokugawa de Kishu, son étang communique avec la mer, si bien que le niveau de l'eau respire au rythme des marées, une rareté parmi les jardins japonais.
Thon, ramen et prunes salées
Les gourmands fileront vers Marina City, une île artificielle à une dizaine de kilomètres du centre, où le marché Kuroshio met le cap sur la pêche locale : des démonstrations de découpe de thon y ont lieu régulièrement, suivies de dégustations au comptoir. En ville, le ramen de Wakayama, au bouillon sombre mêlant soya et porc, se sert dans des échoppes minuscules où l'on vous tend aussi des œufs durs à écaler soi-même. Et impossible d'ignorer les vergers de la région : mandarines mikan et prunes salées umeboshi remplissent les étals, souvenirs parfaits à glisser dans la valise.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
|---|---|---|
| Château de Wakayama | 15 à 20 min de route | Navette ou taxi |
| Temple Kimiidera | Environ 25 min | Taxi ou train local |
| Baie de Wakaura et Yosuien | Environ 20 min | Taxi ou bus |
Le soir venu, la navette ramène les passagers le long d'une côte où les torii succèdent aux grues portuaires. Wakayama vit à l'écart des grands circuits, à une encablure d'Osaka et pourtant dans un autre monde. Ceux qui ont gravi ses marches et goûté son bouillon sombre repartent avec le sentiment d'avoir approché un Japon seigneurial resté étonnamment simple d'accès.


