Entre Providence et Newport, la rivière Warren dessine un havre tranquille où les petits navires fluviaux de la Nouvelle-Angleterre ont pris l'habitude de s'amarrer. Warren, 11 000 habitants, revendique l'un des plus vieux fronts de mer travaillants de la région : on y répare encore des bateaux, on y débarque encore des huîtres, et les quais sentent la marée plutôt que la boutique souvenir. Cette escale du plus petit État américain se vit sans programme, au fil des rues.
Un passé de constructeurs de navires
Dès le 18e siècle, les chantiers navals locaux lançaient goélettes et baleiniers dans la baie de Narragansett. Les campagnes de pêche à la baleine et le commerce maritime ont financé les demeures de style fédéral et victorien qui bordent toujours les rues du quartier historique. Plusieurs conservent leurs détails d'origine : impostes en éventail, corniches dentelées, heurtoirs de laiton. La Maxwell House, une maison de brique des années 1750 tenue par la société d'histoire locale, propose démonstrations et animations sur la vie coloniale.
Petit, et fier de l'être
Les résidents aiment préciser, sourire en coin, que leur municipalité serait la plus petite du plus petit comté du plus petit État du pays. La formule amuse, mais elle dit quelque chose de vrai : tout, ici, se mesure en pas plutôt qu'en kilomètres, et cette compacité fait le bonheur des passagers qui ne disposent que de quelques heures à terre.
Main Street et Water Street
Le centre se résume à deux artères parallèles à la rivière, et c'est tant mieux : tout se fait à pied depuis le quai. Main Street aligne antiquaires, friperies fines et galeries installées dans d'anciens magasins généraux. Water Street, plus près de l'eau, réunit ateliers d'artistes, torréfacteurs et tavernes à huîtres. Les prix étonnent agréablement les voyageurs habitués à Newport : la localité demeure un endroit où les artisans peuvent encore se payer une vitrine, et cela se ressent dans l'originalité des commerces.
La baie dans l'assiette
La baie de Narragansett nourrit la table locale depuis toujours. Les huîtres d'élevage voisines se dégustent au comptoir, les palourdes quahog se glissent dans la chaudrée crémeuse ou dans les stuffies, ces coquilles farcies typiques du Rhode Island, et les rouleaux de homard se mangent les pieds pendants au bout d'un quai. Plusieurs microbrasseries ont élu domicile dans les anciens bâtiments industriels; leurs salles de dégustation accueillent volontiers les passagers pour une heure entre deux flâneries.
Sur l'eau et sur deux roues
La piste cyclable East Bay traverse le centre-ville sur l'emprise d'une ancienne voie ferrée. Vers le sud, elle file jusqu'à Bristol en longeant la baie; vers le nord, elle rejoint Providence en 20 kilomètres de paysages côtiers. Le tracé, plat et asphalté, convient à tous; en chemin, les criques laissent voir aigrettes et balbuzards. Des locations de vélos permettent d'en parcourir un tronçon durant l'escale. Sur l'eau, une compagnie locale propose des croisières commentées d'une heure à bord d'un élégant bateau de bois d'époque, parfait pour saisir la géographie de cette côte déchiquetée.
Suggestions selon le temps disponible
| Durée | Proposition |
|---|---|
| 2 heures | Les quais, le quartier historique et une pause huîtres |
| Demi-journée | Ajouter les antiquaires, la Maxwell House et une microbrasserie |
| Journée | Vélo sur la piste East Bay jusqu'à Bristol, aller-retour |
Repartir avec la marée
Le navire repart souvent avec la marée montante, salué par les pêcheurs de quahogs qui ratissent les hauts-fonds à la longue fourche. Au moment du départ, les hérons pêchent dans les herbiers et les voiliers rentrent doucement vers leurs corps-morts. Warren n'a ni manoir célèbre ni monument d'envergure, et c'est précisément sa force : la Nouvelle-Angleterre y apparaît sans mise en scène, telle qu'elle vit à l'année. Les passagers qui aiment les escales vraies inscrivent souvent celle-ci parmi leurs préférées du voyage.


