Un dôme doré coiffé d'arbres vivants, posé au bord d'une marina : le centre Hundertwasser donne le ton de Whangārei, ville d'art nichée au fond d'un long bras de mer du Northland. Les navires, eux, s'amarrent à Northport, le terminal en eau profonde de Marsden Point, à l'entrée de la rade et à une trentaine de kilomètres du centre. Le transfert en navette ou en excursion longe Bream Bay, ses vasières et ses collines volcaniques : autant considérer la route comme le premier chapitre de la journée. Au bout du chemin attend la cité la plus septentrionale du pays, qui cultive un mélange décontracté d'art, de cascades et de sentiers.

Le dernier rêve de Hundertwasser

L'artiste autrichien Friedensreich Hundertwasser, installé dans la région à la fin de sa vie, avait dessiné ce bâtiment sans une seule ligne droite; la ville l'a réalisé après sa mort, fidèle à ses plans. Sols ondulés, colonnes irrégulières, mosaïques de céramique et de brique récupérée, coupole dorée, toit-forêt où l'on monte se promener : l'ensemble déroute d'abord, puis séduit complètement. À l'intérieur, la galerie Wairau expose de l'art maori contemporain, une première pour une institution publique du pays. Les fenêtres, toutes différentes, percent les murs à des hauteurs inégales; leur concepteur voyait dans un sol irrégulier une mélodie pour les pieds, et la formule se vérifie à chaque pas sous la coupole. L'artiste repose d'ailleurs au Northland, enterré selon ses vœux sous un arbre, en accord avec la nature qu'il a célébrée toute sa vie.

Le Town Basin, un bassin devenu place publique

Autour de la marina où se balancent les voiliers de passage, d'anciens hangars abritent cafés, ateliers d'artisans et boutiques. Le musée Claphams aligne des centaines d'horloges, de coucous et de mécanismes farfelus rassemblés par un collectionneur du cru; on y perd volontiers la notion de l'heure, ce qui ne manque pas d'ironie. Une boucle piétonne de quatre kilomètres, la Hātea Loop, suit ensuite la rivière et franchit Te Matau ā Pohe, un pont levant dont la silhouette évoque un hameçon maori. Sculptures en plein air et aires de repos ponctuent le parcours, qui s'accomplit tranquillement en une petite heure.

Un rideau d'eau sur le basalte

À cinq kilomètres du bassin, la rivière Hātea bascule d'un seul rideau d'environ 26 mètres par-dessus une corniche de basalte : les chutes de Whangārei s'admirent depuis des passerelles ombragées de fougères arborescentes, en quelques minutes de marche facile. Le grondement parvient avant l'image : un voile d'embruns flotte au-dessus du bassin, accroche la lumière et rafraîchit les visages penchés aux garde-corps. Les jours de pluie, le rideau se fait mur; par temps sec, il s'affine en dentelle sur la roche noire. Le site, très aimé des familles du coin, offre une parenthèse fraîche au milieu de la journée.

Parihaka, la colline aux ancêtres

Au-dessus des toits se dresse le mont Parihaka, un ancien site fortifié maori parmi les plus vastes du pays. On y monte en voiture ou par des sentiers forestiers, et un monument commémoratif attend sur la crête; du sommet, le regard suit la rivière jusqu'à la rade et, tout au bout, jusqu'aux installations de Marsden Point où patiente le navire. La perspective aide à comprendre la géographie de cette escale : une ville fluviale reliée à la mer par un long couloir d'eau calme.

Repères pour l'escale

SiteDistance du quaiAccès
Town Basin et centre HundertwasserEnviron 30 kmNavette ou excursion
Chutes de WhangāreiEnviron 35 kmExcursion ou taxi
Mont ParihakaEnviron 32 kmTaxi puis courte marche

Sur la route du retour vers Marsden Point, la lumière de fin de journée dore les vasières où pêchent les échassiers. De cette escale du Northland, on retient surtout une idée réjouissante : celle d'une ville moyenne qui a misé sur la fantaisie, un hameçon d'acier levé vers le ciel et un dôme doré planté d'arbres, et qui a gagné son pari.