On accède à Whittier par un trou dans la montagne : un tunnel à voie unique de 4,1 kilomètres, le plus long tunnel routier et ferroviaire combiné d'Amérique du Nord, partagé à tour de rôle par les trains et les voitures. De l'autre côté, un cul-de-sac de fjord cerné de parois où dévalent les cascades, une poignée de bâtiments, et l'un des ports de croisière les plus étonnants de l'Alaska. Bienvenue dans une localité de quelque 270 habitants dont la quasi-totalité vit sous le même toit.
La ville dans une tour
Ce toit, c'est celui des Begich Towers, un immeuble de 14 étages hérité de l'armée américaine. Whittier fut aménagée durant la Seconde Guerre mondiale comme port militaire secret : libre de glace à l'année et souvent masqué par les nuages, le site échappait aux regards ennemis. L'armée partie, les habitants ont investi la tour, qui abrite aujourd'hui logements, école reliée par passage couvert, épicerie, clinique et bureau de poste. À côté, la carcasse du Buckner Building, ancienne cité militaire abandonnée, achève de donner au lieu son caractère singulier.
L'embarquement vers l'intérieur
Pour la plupart des croisiéristes, Whittier marque le début ou la fin d'un itinéraire dans le golfe de l'Alaska. Le terminal jouxte la gare : trains panoramiques et autocars filent vers Anchorage, à une centaine de kilomètres, puis vers Denali ou la vallée de la Matanuska. Ceux qui embarquent ici ont tout intérêt à arriver quelques heures d'avance : le village se parcourt à pied en une trentaine de minutes, entre havre de pêche, boutiques saisonnières et comptoirs de poisson frit face aux montagnes. Un petit musée consacré au passé militaire du port complète la balade.
Blackstone Bay et les glaciers du détroit
Le village ouvre directement sur le détroit du Prince-William, l'un des plus beaux plans d'eau glaciaires du monde. Les excursions au départ du havre croisent au pied de dizaines de glaciers, dont les fronts de Blackstone Bay et les langues spectaculaires du passage d'Esther. Loutres de mer sur le dos, phoques hissés sur les growlers, chèvres de montagne accrochées aux falaises et, en saison, baleines à bosse composent le tableau. Sur une paroi qui fait face au village, des milliers de mouettes tridactyles nichent en colonie bruyante; les capitaines coupent parfois les moteurs pour laisser la falaise se raconter elle-même. Les kayakistes trouvent aussi leur compte : plusieurs pourvoyeurs guident des sorties de quelques heures dans les anses voisines.
Marcher au-dessus du fjord
Deux sentiers partent du village même. Le sentier Horsetail Falls grimpe en un peu plus d'un kilomètre vers des passerelles de bois avec vue plongeante sur Passage Canal. Plus exigeant, le sentier de Portage Pass s'élève en trois kilomètres vers un col d'où le regard embrasse à la fois le fjord et le glacier Portage, désormais invisible depuis la route, de l'autre côté de la montagne. C'est l'une des rares randonnées d'Alaska où un glacier majeur se mérite en une demi-journée de marche depuis un port de croisière.
Repères pratiques
| Élément | Détail |
|---|---|
| Tunnel Anton Anderson | 4,1 km, alternance horaire des directions, péage pour les véhicules |
| Anchorage | Environ 100 km; 1 h 30 en autocar ou en train |
| Centre-ville | Tout est accessible à pied depuis le terminal |
| Météo | Parmi les plus arrosées d'Alaska : imperméable obligatoire |
Dernier regard sur Passage Canal
Passé la pointe, à l'appareillage, les cascades continuent de rayer les parois et les nuages jouent avec les sommets, comme au temps où ils cachaient le port aux sous-marins ennemis. Whittier ne ressemble à rien de connu, et c'est précisément ce qui la rend attachante : une porte dérobée entre la haute mer et l'immensité alaskienne, gardée par une ville entière logée dans une seule tour.


