La baie Bonne s'ouvre comme un fjord de poche entre des montagnes rousses et vertes, et au creux de son bras sud, une trentaine de maisons patrimoniales se serrent autour d'un quai de bois. Woody Point, quelques centaines d'habitants, sert de porte d'entrée maritime au parc national du Gros-Morne, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO pour une raison peu banale : ici, la Terre montre son manteau. Les navires d'expédition mouillent à l'abri des collines et déposent leurs passagers en annexe, au pied même des maisons.

Un village de marchands devenu village d'artistes

Au tournant du 20e siècle, le hameau prospérait grâce au commerce de la morue et du bois. Les maisons cossues de cette époque, épargnées par le grand incendie de 1922 pour certaines, reconstruites avec soin pour d'autres, abritent aujourd'hui galeries, cafés et ateliers. Le théâtre patrimonial accueille chaque mois d'août un festival d'écrivains qui attire des auteurs de tout le pays dans ce bout du monde. On flâne d'un hangar de pêche à une librairie, d'une terrasse à un quai, en saluant des habitants qui ont toujours deux minutes pour jaser.

Le Centre de découverte

À quelques minutes de marche du débarcadère, le Centre de découverte de Parcs Canada constitue la meilleure introduction au parc : maquettes géologiques, exposition sur la culture des communautés environnantes, causeries de naturalistes en saison, galerie d'art et grande terrasse avec vue sur le plan d'eau. Le sentier du Belvédère, qui part du stationnement, grimpe en lacets vers un plateau d'où le regard embrasse les toits, le fjord et les Tablelands. Comptez environ deux heures aller-retour pour cette montée soutenue mais accessible.

Les Tablelands, marcher sur le manteau terrestre

À moins de dix kilomètres de là, un plateau couleur rouille tranche brutalement avec les collines boisées : les Tablelands. Cette roche de péridotite provient du manteau terrestre, poussé en surface il y a des centaines de millions d'années lors d'une collision de continents. Sa composition chimique interdit presque toute végétation, d'où ce paysage lunaire qui a aidé les géologues à confirmer la théorie de la tectonique des plaques. Un sentier de quatre kilomètres aller-retour en parcourt la base; les excursions du navire ou les guides locaux assurent le transport, la distance étant trop grande pour s'y rendre à pied durant l'escale.

La baie et ses habitants

La baie Bonne elle-même mérite qu'on lui consacre une heure. Un taxi maritime traverse vers Norris Point, sur la rive opposée, en une quinzaine de minutes; la station de recherche marine de Bonne Bay, avec son petit aquarium d'espèces locales, s'ajoute alors au programme. Depuis le pont du bateau, on guette les phoques, les balbuzards et parfois une baleine de passage entre les deux rives.

À prévoir

  • Débarquement en annexe au quai du village; terrain plat dans le centre, pentes soutenues sur les sentiers.
  • Les excursions vers le plateau se réservent à l'avance : les véhicules sont peu nombreux dans la région.
  • Le Centre de découverte vend le laissez-passer du parc national, requis pour emprunter les sentiers.
  • Météo maritime changeante : vent et crachin peuvent s'inviter même en plein été.
  • Quelques cafés et boutiques d'artisanat sur place; aucun grand commerce.

Le dernier bord

Au moment où l'annexe reprend le large, les Tablelands rougeoient au-dessus des toits et les clôtures de perches retiennent la lumière du soir. Bien des passagers restent sur le pont longtemps après le départ, le regard accroché aux montagnes. Woody Point réussit ce que peu d'escales offrent : un condensé de géologie planétaire, de culture terre-neuvienne et de douceur villageoise, le tout dans un rayon de dix kilomètres. On repart avec l'impression d'avoir feuilleté un livre rare, en se promettant d'en lire un jour toutes les pages.