Un verre de vin blanc dégusté debout, au beau milieu d'un pont de pierre bordé de statues de saints : le Brückenschoppen est un rituel local, et bien des passagers l'adoptent dans l'heure qui suit leur arrivée. Wurtzbourg a la chance rare de recevoir les navires en plein cœur urbain : les quais du Main touchent presque la vieille ville, et tout le reste s'enchaîne à la marche. Autour, des coteaux couverts de vignes, une forteresse qui veille sur le fleuve et une capitale franconienne relevée avec patience après les destructions de 1945.

Un quai sous la vieille grue

Les bateaux s'amarrent le long du Kranenkai, baptisé d'après l'ancienne grue portuaire du dix-huitième siècle qui dresse toujours sa silhouette de pierre au-dessus de la rive. On descend la passerelle, on longe quelques façades, et le centre commence. Le vieux pont se rejoint en moins de dix minutes, la Résidence en un quart d'heure : rares sont les escales fluviales aussi simples à parcourir par soi-même.

Le pont des saints

L'Alte Mainbrücke enjambe le Main depuis le Moyen Âge, gardée par une haie de statues baroques où figure saint Kilian, le moine irlandais devenu patron de la Franconie. Depuis le tablier, le regard embrasse d'un côté les clochers de la vieille ville, de l'autre Marienberg posée sur son coteau planté. Les cafés voisins servent le fameux verre à emporter : on le sirote appuyé au parapet, entre deux clichés, comme le font les gens du coin en fin d'après-midi. Le va-et-vient des passants, des cyclistes et des bateaux compose un spectacle dont on a du mal à se détacher.

La Résidence des princes-évêques

À un quart d'heure de marche du fleuve, la Résidence de Wurtzbourg figure parmi les palais baroques les plus aboutis d'Europe, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'escalier d'honneur conçu par Balthasar Neumann s'ouvre sous une voûte peinte par Tiepolo, considérée comme la plus vaste fresque de plafond au monde : les quatre continents s'y déploient dans un tourbillon de ciels et d'allégories. Salle impériale, cabinet des miroirs et chapelle complètent le parcours, chacun rivalisant de stucs et de dorures. Le jardin de la cour, en accès libre, offre ensuite une pause verte entre les ifs taillés et les statues, avec les remparts baroques en arrière-plan.

La forteresse au-dessus des vignes

Sur l'autre rive, la forteresse de Marienberg logea les princes-évêques avant qu'ils ne s'installent dans leur palais de plaine. On y grimpe en une demi-heure par les sentiers qui traversent le vignoble, montée soutenue mais récompensée : des terrasses, la vue file sur les toits rouges, les clochers et les méandres du Main. Les moins marcheurs opteront pour un taxi ou l'autobus, et garderont leur énergie pour les ruelles du retour.

Bocksbeutel et ruelles franconiennes

Le centre réserve encore la cathédrale Saint-Kilian, la Marienkapelle dressée face au marché et des places où les étals de fruits côtoient les enseignes de vignerons. La Franconie embouteille ses blancs dans le Bocksbeutel, une bouteille aplatie reconnaissable entre toutes; le Silvaner sec en est l'étendard. Deux institutions séculaires, le Juliusspital et le Bürgerspital, financent depuis des siècles leurs œuvres hospitalières grâce à leurs vignes : y goûter un verre, c'est boire un morceau d'histoire locale.

Repères pour l'escale

SiteDistance du quaiAccès
Vieux pont (Alte Mainbrücke)Environ 600 mÀ pied
Résidence et jardin de la courEnviron 1 kmÀ pied
Forteresse de MarienbergEnviron 2 kmÀ pied (montée), taxi ou autobus
Cathédrale Saint-KilianEnviron 700 mÀ pied

Au crépuscule, la citadelle s'éclaire et les silhouettes se pressent de nouveau sur le tablier, verre en main, pendant que le fleuve prend des reflets cuivrés. On regagne la passerelle en quelques minutes, avec l'impression d'avoir traversé un condensé de Franconie : la pierre des évêques, la fresque d'un Vénitien et le goût sec d'un Silvaner bu face aux vignes.