Des palmiers au pied de montagnes couronnées de pins : la première image de Yalta surprend toujours. Les monts de Crimée referment leur amphithéâtre sur la baie et retiennent ici un climat d'inspiration méditerranéenne, celui qui fit de cette rive de la mer Noire la villégiature des tsars, des poètes et des sanatoriums. Les navires accostent au môle passager, à un bon kilomètre et demi du cœur de la promenade, que l'on rejoint agréablement à pied le long de l'eau.
La Naberezhnaya
Toute la vie converge vers la Naberezhnaya, le front de mer dallé qui s'étire sur plus d'un kilomètre entre palmiers, cafés et kiosques de glaces. Les baigneurs occupent les plages de galets en contrebas, les artistes de rue installent leurs chevalets, les enfants guettent les vagues au ras des rampes, et les terrasses servent du vin doux de la région face aux voiliers. Flâner là, une glace ou un épi de maïs grillé à la main, suffit à comprendre l'art de vivre balnéaire que la ville cultive depuis le XIXe siècle. Les collines, plantées de cyprès, montent en gradins juste derrière.
La datcha blanche de Tchekhov
Sur les hauteurs, une maison claire entourée d'un jardin planté par son propriétaire attire les amoureux de littérature : Anton Tchekhov vécut ici ses dernières années et y écrivit notamment La Cerisaie, ainsi que La Dame au petit chien, nouvelle née de ces mêmes promenades du bord de mer. Le bureau de l'écrivain, resté meublé comme à son départ, et les allées de son jardin composent une visite intime et touchante, à courte distance du centre en taxi. Peu de lieux littéraires paraissent aussi habités.
Livadia, le palais blanc
Quelques kilomètres vers l'ouest, le palais de Livadia aligne ses façades de calcaire clair au-dessus des flots. Résidence d'été des derniers tsars, il accueillit en 1945 la conférence qui porta le nom de la ville; on parcourt la salle des négociations, la cour italienne et les appartements impériaux avant de souffler sous les colonnades du parc. De là part le sentier du Soleil, une corniche ombragée jadis aménagée pour les promenades impériales, qui offre des échappées superbes sur la côte.
Le Nid d'hirondelle
Plus loin sur la même rive, un petit château néogothique se perche au bord de la falaise de l'Aurore, tourelles au-dessus du vide : le Nid d'hirondelle, emblème de toute la côte criméenne. On l'admire depuis le belvédère voisin ou, mieux encore, depuis le large, quand une navette côtière longe les caps. La construction, presque un jouet d'architecte, a résisté aux tempêtes et aux tremblements de terre, et sa silhouette figure sur la plupart des souvenirs de la région. Sur le chemin du retour, les amateurs peuvent s'arrêter du côté de Massandra, dont les caves produisent depuis l'époque impériale des vins liquoreux réputés, ou au jardin botanique Nikitski, fondé au début du XIXe siècle.
Repères pour l'escale
| Site | Distance du quai | Accès |
|---|---|---|
| Promenade Naberezhnaya | Environ 1,5 km | À pied le long du front de mer |
| Maison-musée de Tchekhov | Environ 3 km | Taxi ou minibus |
| Palais de Livadia | Environ 4 km | Taxi, minibus ou excursion |
| Nid d'hirondelle | Une douzaine de kilomètres | Excursion ou navette côtière |
Les escales maritimes demeurent rares sur cette côte, et leur retour dépend des itinéraires que proposeront les compagnies au fil des années; Yalta se visite donc quand l'occasion se présente, sans certitude de calendrier. Le lieu, lui, ne change guère : une baie abritée, des palais clairs dans la verdure, des pages de Tchekhov flottant sur la promenade. En regagnant la passerelle au soleil couchant, quand les montagnes virent au mauve, on se promet de relire La Dame au petit chien, et c'est déjà une façon d'y revenir.


