La lumière ionienne a quelque chose de particulier : elle rend le blanc plus blanc, le bleu presque irréel. Zakynthos, que les Vénitiens appelaient Zante et surnommaient « fleur du Levant », baigne tout entière dans cette clarté. Les navires jettent l'ancre dans la baie et les annexes déposent les passagers directement sur le quai de la capitale insulaire : dès la descente, on se trouve au centre-ville, face aux arcades et aux campaniles reconstruits après le séisme de 1953.
L'île attire pour deux images devenues célèbres dans le monde entier : une épave rouillée posée sur une plage inaccessible par la route, et des tortues marines qui viennent pondre sur ses rivages du sud.
Zante, la vénitienne relevée de ses ruines
La ville se parcourt aisément à pied. La place Solomos rend hommage au poète national grec Dionysios Solomos, natif de l'île, tandis que l'église Agios Dionysios, dédiée au saint patron local, dresse son clocher au-dessus des toits. Les rues commerçantes alignent boutiques de cuir, de miel et de nougat mandolato. En s'éloignant un peu du front de mer, les terrasses se remplissent d'habitants plutôt que de voyageurs, et le café frappé s'éternise à l'ombre.
Pour prendre de la hauteur, la colline de Bochali domine les toits au nord du centre. On y monte en taxi ou à pied pour les plus vaillants, jusqu'aux vestiges d'une forteresse vénitienne noyée dans les pins. La récompense tient dans le panorama : la capitale insulaire à ses pieds, le chenal scintillant et, par temps clair, les côtes du Péloponnèse.
Navagio, l'épave la plus photographiée de Grèce
Sur la côte ouest, un caboteur échoué en 1980 repose sur une langue de sable blond cernée de falaises calcaires : la plage de Navagio. Aucune route n'y descend ; on ne l'atteint que par la mer. Les excursions maritimes partent notamment de Porto Vromi, d'où une dizaine de minutes de navigation suffit, ou du petit débarcadère d'Agios Nikolaos au nord. Depuis les belvédères aménagés au sommet des falaises, la vue plongeante sur la crique et son eau turquoise laitée explique à elle seule des millions de photographies. Compter une demi-journée pour l'aller-retour depuis la capitale, l'épave se trouvant à environ 35 kilomètres de route.
Les tortues de la baie de Laganas
Au sud, la baie de Laganas appartient au Parc marin national de Zakynthos, créé pour protéger la tortue caouanne, la Caretta caretta, qui vient enfouir ses œufs dans le sable chaud. Des sorties en bateau encadrées partent des environs, notamment vers l'îlot de Marathonisi, dont la forme évoque justement une carapace. Apercevoir une tête de tortue crever la surface près de l'embarcation compte parmi les instants les plus émouvants qu'offre l'île, à condition de choisir des opérateurs respectueux des distances d'observation.
Les grottes bleues du nord
Près du cap Skinari, la mer a sculpté des arches et des cavités où l'eau prend des reflets d'un bleu électrique : les grottes bleues. Les excursions vers Navagio les combinent souvent, et les nageurs s'offrent parfois une baignade dans ces piscines naturelles où la lumière semble venir du fond plutôt que du ciel. Les barques à fond de verre du secteur laissent aussi entrevoir les jeux de reflets sous la surface.
Le soir tombe sur la fleur du Levant
De retour sur le quai, un dernier gelato à la main, on regarde les montagnes de l'île voisine de Céphalonie s'assombrir de l'autre côté du chenal. Zakynthos aura montré en une journée ses deux visages, la douceur de sa capitale et la sauvagerie de ses côtes. Beaucoup repartent en se promettant d'y revenir par avion, le temps de fouiller chaque crique. Les tortues, elles, reviennent bien chaque été depuis des millénaires.


