Un escalier de pierre grimpe à flanc de colline, bordé de reliefs sculptés à la main : les stations d'un chemin de croix, taillées dans le roc par un prêtre-architecte qui vécut ici en ermite. Voilà l'image que Cat Island laisse à ses rares voyageurs. Longue et mince, à l'écart des routes maritimes fréquentées, elle reçoit peu de navires — et ceux qui s'y arrêtent, au mouillage devant New Bight, offrent à leurs passagers l'une des escales les plus singulières des Bahamas.
New Bight, un village au bord de l'eau
Les annexes déposent les passagers près du hameau de New Bight, dont la rue principale longe une baie couleur de lagon. Quelques églises de pierre, une station-service, des maisons basses entre les cocotiers : l'endroit tient plus du village de pêcheurs que de l'escale touristique. En bord de route, les cabanes du Fish Fry servent poisson grillé, conque frite et riz aux pois dans une bonne humeur communicative — c'est le rendez-vous social de l'île, et le meilleur endroit pour prendre le pouls de la vie locale.
L'ermitage du mont Alvernia
Au-dessus du village se dresse le point culminant de tout l'archipel : le mont Alvernia, 63 mètres. Le chiffre fait sourire, jusqu'à ce qu'on entreprenne la montée. Au sommet attend l'Ermitage, monastère miniature que le père Jerome — John Hawes de son vrai nom, architecte britannique devenu missionnaire — bâtit de ses mains en 1939 pour y finir ses jours dans le dénuement. Chapelle, cellule et clocher semblent conçus pour un géant devenu humble : les plafonds obligent à courber la tête. Du parapet, la vue embrasse les deux rives de l'île, l'Atlantique d'un côté, les hauts-fonds turquoise de l'autre. La montée demande une vingtaine de minutes depuis la route et reste l'un des moments forts de toute croisière dans les Out Islands.
Des rivages pour soi seul
Cat Island aligne des kilomètres de sable où l'on ne croise personne, sinon un héron ou un crabe fantôme. Près du débarcadère, la baie de New Bight invite à la baignade sans organisation particulière. Les excursions mènent parfois vers Fernandez Bay, anse en croissant bordée de casuarinas, ou vers la côte de Port Howe, où le sable prend des reflets rosés. Aucun vendeur ambulant, aucune sonorisation : le clapotis tient lieu de bande sonore, et c'est exactement ce que viennent chercher les navires qui s'arrêtent ici.
Une culture bien vivante
L'île a donné aux Bahamas une part de sa musique et de ses légendes. Le rake and scrape — scie musicale, tambour de peau de chèvre et accordéon — est né dans ses fêtes de village, et les anciens le jouent encore. C'est aussi la terre d'enfance de Sidney Poitier : le comédien, premier acteur noir couronné aux Oscars, grandit dans une ferme de tomates près d'Arthur's Town, au nord. Les habitants évoquent volontiers l'obeah, ces croyances mystérieuses héritées d'Afrique, avec un mélange de sourire et de respect. Écouter ces récits, un jus de tamarin à la main, vaut tous les spectacles folkloriques.
Conseils pour cette escale hors réseau
- Argent comptant indispensable : guichets et terminaux de paiement se font rares.
- Prévoir chaussures fermées et eau pour l'ascension du mont Alvernia.
- Les taxis sont peu nombreux; réserver l'excursion du navire simplifie les déplacements.
- Le réseau cellulaire demeure inégal — une bonne excuse pour ranger le téléphone.
En redescendant de l'Ermitage, on croise parfois un habitant qui monte prier ou simplement regarder la mer, comme le faisait le père Jerome. Cat Island ne cherche pas à retenir ses visiteurs; elle leur confie plutôt quelque chose : un sommet minuscule et immense à la fois, des rivages muets, une culture qui se transmet de véranda en véranda. On remonte à bord plus calme qu'on en est descendu — et ce n'est pas une petite promesse.