Harbour Island Bahamas Dunmore Town

Des palissades blanches, des cottages aux volets pastel, des ruelles où les voiturettes de golf roulent au pas sous les bougainvilliers : on se croirait dans un village de Nouvelle-Angleterre égaré sous les tropiques. Harbour Island, que les habitués appellent simplement Briland, tient sur cinq kilomètres de long au large d'Eleuthera. Les navires de petite taille qui s'y arrêtent mouillent au large et confient leurs passagers aux navettes; dès le débarcadère, le dépaysement est total.

Dunmore Town, mémoire loyaliste

Fondé au XVIIIe siècle et nommé en l'honneur de lord Dunmore, gouverneur des Bahamas, le bourg compte parmi les plus anciens établissements du pays. Les loyalistes fuyant la révolution américaine y ont laissé leur empreinte : maisons de bois à étage, galeries ouvragées, jardins clos de piquets blancs. Flâner dans Bay Street et les venelles perpendiculaires, c'est feuilleter deux siècles d'histoire insulaire; plusieurs demeures portent encore leur nom d'origine peint au-dessus de la porte, et l'église St. John's, l'une des plus anciennes anglicanes des Bahamas, veille sur l'ensemble. Au petit cimetière marin voisin, les stèles penchées racontent des vies de capitaines, de charpentiers de marine et de familles venues de Nouvelle-Angleterre.

La voiturette, reine de l'île

Ici, presque personne ne conduit de voiture. On loue une voiturette de golf près du débarcadère et l'on apprend vite les règles locales : saluer chaque personne croisée, céder le passage aux poules et ne jamais être pressé. Les locations partent vite les jours d'affluence; mieux vaut s'entendre avec un loueur dès la descente de la navette. Vingt minutes suffisent pour faire le tour du territoire, cinq pour le traverser d'une côte à l'autre. Cette échelle réduite fait le bonheur des marcheurs, qui peuvent tout rejoindre à pied sans jamais forcer l'allure.

Un rivage rose, phénomène naturel

La côte atlantique de l'île déroule Pink Sands Beach, cinq kilomètres devenus célèbres pour leur teinte rosée. La couleur provient de minuscules organismes marins, les foraminifères, dont les squelettes rouge corail se mêlent au sable blanc. La nuance se révèle surtout au lever du jour et sur le sable mouillé, à la limite du ressac : il faut s'accroupir, prendre une poignée et regarder de près pour saisir le dégradé. L'eau, elle, décline tous les bleus, et la barrière de corail au large adoucit les vagues. Des accès publics ponctuent la côte; chacun mène à un secteur assez vaste pour que la solitude reste possible.

Petits détours qui font la différence

À marée basse, du côté du couchant, un arbre échoué devenu emblème local émerge des hauts-fonds : le Lone Tree, poli par le sel, attire photographes et curieux. Sur le front de mer, les cabanes servent la conque sous toutes ses formes — en salade, en beignets, grillée — pendant que les pêcheurs nettoient leur prise du jour sur le quai voisin. Les becs sucrés trouveront de quoi se consoler dans les boulangeries du bourg, réputées pour leur pain à la noix de coco. Et si l'heure le permet, les étals dressés près du quai proposent chapeaux tressés, sculptures et confitures maison, vendus par ceux-là mêmes qui les fabriquent.

Repartir à regret

Harbour Island se visite en quelques heures et se quitte difficilement. Au moment de reprendre la navette, on jette un dernier regard vers les toits de Dunmore Town et les voiliers du chenal, et l'on comprend pourquoi tant de voyageurs de passage sont devenus des fidèles. Peu d'escales aux Bahamas concentrent autant de caractère sur si peu de kilomètres carrés; celle-ci laisse au voyageur une image précise et têtue, celle d'une poignée de sable rose qui glisse entre les doigts.