En 1997, un plongeur belge aperçoit par 45 mètres de fond une silhouette verdâtre : un athlète de bronze grandeur nature, perdu là depuis l'Antiquité. L'Apoxyomène de Lošinj, restauré pendant des années, trône aujourd'hui dans son propre musée sur le port de Mali Lošinj — un seul objet, mis en scène comme un joyau de couronne. L'anecdote résume bien cette île du Kvarner : discrète en apparence, elle réserve des trésors à qui s'y arrête. Les navires mouillent dans la longue baie protégée et débarquent leurs passagers sur la riva, au centre de la ville.
Un port d'armateurs austro-hongrois
Au XIXe siècle, Mali Lošinj alignait l'une des plus grandes flottes de voiliers de l'Adriatique et ses chantiers navals rivalisaient avec Trieste. Les façades cossues du front de mer, roses, ocre et amande, datent de cette prospérité. La place principale s'anime dès le matin autour du marché aux poissons et des cafés ; l'église Saint-Martin et les ruelles en pente douce complètent une flânerie sans effort, entièrement à plat le long du croissant portuaire.
Le musée d'un seul chef-d'œuvre
Dans le palais Kvarner, sur le quai, le musée de l'Apoxyomène se visite comme une enquête : salles obscures racontant la découverte, le sauvetage et la restauration, avant la rencontre finale avec l'athlète — un jeune homme raclant l'huile de son corps après l'effort, bronze hellénistique dont il n'existe qu'une poignée d'équivalents au monde. La scénographie, primée internationalement, dure moins d'une heure : l'arrêt s'impose, même pour les visiteurs peu muséophiles.
Čikat, la baie des villas et des pins
À vingt minutes à pied du centre, la presqu'île de Čikat déploie sa forêt de pins d'Alep plantée au XIXe siècle sous l'impulsion de la bourgeoisie viennoise, qui venait ici soigner ses bronches : l'île fut officiellement classée station climatique de l'Empire en 1892. Villas Belle Époque, promenade littorale dallée, criques aménagées et eau limpide composent l'un des plus agréables bords de mer de l'Adriatique du Nord ; la promenade se poursuit jusqu'à l'anse voisine de Sunčana, encore plus paisible. Les parfums de pin, d'immortelle et de romarin justifient le surnom d'« île de la vitalité ».
Dauphins et village voisin
Les eaux de Lošinj abritent une population résidente d'environ 200 grands dauphins, suivie depuis les années 1980 par l'un des plus anciens programmes de recherche d'Europe ; les sorties d'observation respectueuses partent des quais selon la saison. Croiser un aileron au détour d'une sortie reste fréquent, sans jamais être garanti. À quatre kilomètres, le village de Veli Lošinj — « grand » de nom mais plus petit que son voisin — serre ses maisons hautes en couleur autour d'une anse minuscule dominée par une église baroque : la balade côtière qui y mène compte parmi les plus jolies heures de l'escale.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
| Accostage | Ancrage en baie, navette vers la riva du centre |
| Musée de l'Apoxyomène | Sur le port, visite d'environ une heure |
| Baie de Čikat | 20 minutes à pied par la promenade littorale |
| Monnaie et langue | Euro ; croate, anglais, italien et allemand courants |
La santé par la beauté
Les médecins viennois prescrivaient Lošinj comme un remède ; l'ordonnance reste valable. Un bronze antique sauvé des flots, une pinède centenaire, des dauphins au large et des quais qui sentent le café et le sel : l'escale soigne l'agitation mieux qu'aucune cure. On repart les poumons pleins d'air résineux, en se demandant pourquoi cette île ne figure pas déjà sur toutes les listes d'envies.