Le café arrive sur un plateau, accompagné d'un verre d'eau et d'une pâtisserie à la crème, comme à Vienne. L'Autriche-Hongrie s'est éteinte il y a plus d'un siècle, mais Opatija n'a jamais tout à fait quitté son empire. Cette station de la baie de Kvarner fut le rivage préféré de l'aristocratie viennoise et hongroise : archiducs, médecins et compositeurs venaient y respirer un air marin réputé soigner tous les maux. Les navires mouillent devant la côte et les canots déposent leurs passagers au môle du centre, à quelques minutes de marche des premiers jardins. L'escale commence exactement là où commençait, jadis, la promenade des curistes.
Le parc Angiolina, berceau d'une riviera
En quittant le débarcadère, on longe la petite marina avant d'entrer dans le parc Angiolina. Tout a débuté ici : en 1844, Iginio Scarpa, riche négociant de Rijeka, fait bâtir une villa au bord de l'eau et l'entoure d'un jardin où il acclimate des plantes rapportées du Japon, de Chine et d'Amérique du Sud par ses navires marchands. Le camélia du Japon y a si bien pris racine qu'il est devenu l'emblème de la station. La villa, soigneusement restaurée, abrite aujourd'hui le Musée croate du tourisme; ses salons aux plafonds peints donnent la mesure du faste des débuts. Autour, plus d'une centaine d'espèces végétales composent un jardin botanique où les palmiers voisinent avec les cèdres et les magnolias.
Douze kilomètres au ras de l'eau
Le Lungomare demeure l'attrait le plus simple et le plus durable d'Opatija. Cette promenade littorale, aménagée à la fin du XIXe siècle, suit la côte sur douze kilomètres entre Volosko et Lovran, épousant chaque anse et chaque avancée de rocher. On y croise la Jeune fille à la mouette, statue de bronze posée sur un récif battu par les vagues, devenue le symbole le plus photographié de la région. Le sentier est plat, ombragé de chênes verts et de lauriers, ponctué de criques en pierre où les habitants descendent se baigner dès les premiers beaux jours. Une heure de marche, dans un sens ou dans l'autre, suffit à saisir l'esprit du lieu : la mer d'un côté, les jardins de l'autre, et le mont Učka qui veille au-dessus des toits.
Façades impériales
Derrière le front de mer s'aligne l'architecture qui a fait la réputation des lieux : l'hôtel Kvarner, ouvert en 1884, premier grand établissement de la côte orientale de l'Adriatique, puis une succession de villas ornées de tourelles, de loggias et de balustrades ouvragées. La modeste église Saint-Jacques rappelle l'abbaye bénédictine qui a donné son nom à la ville — opatija signifie « abbaye » en croate. Un peu plus haut, le dôme vert de l'église de l'Annonciation coiffe le quartier. Flâner entre ces façades, une glace à la main, revient à feuilleter un album de la Belle Époque : chaque bâtiment porte encore le nom d'une impératrice, d'un lys ou d'une camélia.
Volosko, l'autre bout du sentier
En suivant le littoral vers le nord, une demi-heure de marche mène à Volosko, ancien village de pêcheurs resté fidèle à son échelle : un port minuscule, des barques amarrées serré, des venelles qui grimpent entre les maisons de pierre. Quelques konobas y servent les calmars de la baie et le poisson du jour, à des tables posées presque sur l'eau. Le contraste avec les palaces voisins fait tout le sel du détour — deux mondes à trente minutes l'un de l'autre, reliés par le même sentier de bord de mer.
Aide-mémoire
| Élément | Détail |
| Accostage | Ancrage devant la station, navettes vers le môle du centre |
| Lungomare | 12 km le long de la côte, parcours plat |
| Volosko | 30 minutes de marche par le bord de mer |
| Monnaie et langue | Euro; croate, l'anglais et l'italien sont répandus |
Ce qui reste d'un empire
Les empires passent, les habitudes demeurent. En remontant à bord, on garde d'Opatija une impression de douceur ancienne : des jardins soignés, une mer étale, des façades qui se souviennent des valses. Peu d'escales adriatiques racontent aussi bien le moment où l'Europe a inventé les vacances.