Claude Monet est venu ici pour deux semaines; il y est resté plus de deux mois et en a rapporté trente-neuf toiles. Les rochers déchiquetés qui l'ont retenu en 1886 n'ont pas bougé : la plus grande des îles bretonnes oppose toujours à l'Atlantique sa côte sauvage, ses landes rases et ses vallons qui descendent vers des criques claires. L'escale commence pourtant en douceur, dans un bassin de carte marine gardé par une étoile de pierre.
Entrer dans Le Palais sous la citadelle
Les navires mouillent devant la rade et débarquent leurs passagers en annexe au Palais, le chef-lieu de l'île. L'arrivée compte parmi les plus belles de la façade atlantique : quais étroits, maisons hautes aux volets colorés, flottille de voiliers, le tout dominé par les bastions de la citadelle Vauban. On pose le pied au centre exact du bourg, cafés et commerces à portée immédiate.
La citadelle Vauban
Commencée au XVIe siècle puis remaniée par l'ingénieur de Louis XIV, la forteresse en étoile occupe tout le promontoire nord de la rade. Elle se visite en une heure à flâner entre casemates, jardins suspendus et chemins de ronde; un musée y retrace l'histoire mouvementée de l'île, convoitée par les flottes anglaises et hollandaises. Des remparts, la vue s'étend sur le bourg, la rade et, au loin, la presqu'île de Quiberon.
La côte sauvage et les aiguilles de Port-Coton
Le versant océanique de l'île justifie à lui seul la traversée. Aux aiguilles de Port-Coton, des pyramides de roche sombre surgissent d'une mer qui mousse — d'où le nom — exactement comme sur les toiles de Monet. Par gros temps, mieux vaut rester sur les sentiers balisés : les rafales y surprennent même les marcheurs aguerris. Un peu plus loin, le grand phare de Goulphar, l'un des plus puissants d'Europe, domine landes et falaises. Le site se trouve à une dizaine de kilomètres du débarcadère; les circuits en autocar, les taxis et les vélos à assistance électrique s'en chargent.
La pointe des Poulains, chez Sarah Bernhardt
À l'extrémité nord-ouest, la pointe des Poulains marie phare blanc, îlots et pelouses maritimes. La tragédienne Sarah Bernhardt en fit son refuge d'été pendant trente ans; son fortin, conservé, se visite et raconte cette histoire d'amour entre une célébrité mondiale et un bout de lande battu par le vent. Par beau temps, le panorama porte jusqu'aux îles de Houat et Hoëdic.
Comment rayonner depuis le port
L'île mesure environ dix-sept kilomètres sur neuf : impossible de tout couvrir en une escale, et c'est très bien ainsi. Les autocars touristiques proposent des boucles de deux à quatre heures vers les sites majeurs; les cyclistes aguerris préféreront la liberté du vélo, en tenant compte du relief vallonné. Ceux qui restent au bourg ne perdent pas au change : marché, ruelles montantes et terrasses face aux bassins occupent aisément une demi-journée.
Repères insulaires
| Élément | Détail |
| Débarquement | En annexe, au cœur du chef-lieu |
| Citadelle Vauban | Accès à pied depuis le quai |
| Port-Coton et Goulphar | Environ 10 km, autocar, taxi ou vélo |
| Pointe des Poulains | Environ 8 km au nord-ouest |
| Conseil | Coupe-vent utile, même en été |
Ce que l'île ne rend pas
Belle-Île garde une part de ceux qui l'abordent : Monet y a laissé ses habitudes de peintre des bords de Seine, Sarah Bernhardt son besoin de foule. Le passager d'un jour, lui, y abandonne sa montre quelques heures. En regagnant le navire, quand la forteresse rétrécit dans le sillage, on comprend pourquoi tant de visiteurs d'un été sont devenus des fidèles de toujours.