Aucune gare maritime, aucun hangar, aucune file d'autocars : à Prickly Bay, la chaloupe du navire se glisse entre des dizaines de voiliers au mouillage avant de déposer ses passagers sur le ponton d'une marina. La baie s'ouvre sur la côte sud de la Grenade, au pied de la presqu'île résidentielle de L'Anse aux Épines, et sert de refuge aux navigateurs du monde entier pendant la saison des ouragans. L'escale commence donc là où les gens de mer terminent leurs traversées, et ce détail change tout : ici, personne ne vend d'excursion à la criée.
Des pontons comme un village
Autour des quais flottants, tout parle de navigation : mâts qui tintent dans le vent, coques en carénage, pavillons délavés par les milles parcourus. Le restaurant de la marina cuit ses pizzas au feu de bois et presse ses jus de fruits sous un toit de palmes; les équipages de passage y échangent leurs itinéraires, leurs cartes et leurs adresses, et la conversation s'engage facilement avec qui veut bien écouter. Un tableau d'affichage propose équipiers et traversées à venir — Panama, les Açores, parfois plus loin — et l'on parcourt ces petites annonces comme un roman d'aventures. Pour un passager de grand navire, ce monde de petites coques offre un dépaysement inattendu : on y mesure ce que voyager sur l'eau veut dire quand on porte soi-même ses voiles.
La presqu'île aux villas
Depuis les pontons, des routes calmes et ombragées sillonnent L'Anse aux Épines, entre jardins débordants de bougainvilliers, manguiers chargés et villas tournées vers la mer. La plage du bout de la route, à une vingtaine de minutes à pied, aligne quelques amandiers au-dessus d'une eau sans vagues, fréquentée davantage par les résidents que par les visiteurs. Le chant des grives tropicales accompagne la marche, et la mer réapparaît à chaque croisement. Des étudiants de l'université voisine y révisent à l'ombre des amandiers, des chiens y font la sieste sur le sable tiède. C'est une escale de flânerie plus que de programme, et elle s'assume ainsi.
La capitale et les plages, à portée de taxi
Les chauffeurs stationnés près de l'entrée conduisent en un quart d'heure à Grand Anse, trois kilomètres de sable blond en pente douce, la plage la plus réputée du pays. Un peu plus loin, St George's étage ses toits rouges autour de son bassin intérieur : le fort, le marché aux épices et les ruelles en pente se combinent aisément en une demi-journée. Les amateurs de fraîcheur préféreront l'intérieur montagneux, où les chutes d'Annandale tombent dans un bassin cerné de fougères, à une trentaine de minutes de route; on y croise souvent des plongeurs locaux qui sautent du haut de la cascade pour quelques applaudissements. Sur la route, le chauffeur commente volontiers les églises, les arbres à pain et le dernier match de cricket : la course devient tour guidé.
Au retour, la chaloupe repasse entre les voiliers pendant que les premières lampes s'allument dans les cockpits et que les annexes convergent vers le bar pour l'apéritif. Prickly Bay laisse le souvenir d'une Grenade sans décor monté : celle des carènes, des saluts de ponton et des départs remis au lendemain. Bien des passagers remontent la coupée le soir avec une envie neuve : celle d'apprendre, un jour, à naviguer autrement.
Repères pratiques
- Escale au mouillage : les chaloupes accostent au ponton de la marina de Prickly Bay.
- Taxis disponibles à la sortie; convenir du prix avant le départ (St George's se rejoint en une vingtaine de minutes de route).
- Monnaie : dollar des Caraïbes orientales; dollars américains couramment acceptés.
- Commerces rares sur place : prévoir un peu d'argent comptant et de l'eau avant de quitter le bord.