Le mouillage se fait au large, dans une baie constellée d'îlots boisés, et c'est en annexe que l'on approche Paraty. Depuis l'eau, la ville se résume à une ligne de toits de tuiles serrée entre la mer et les montagnes de la Costa Verde. Puis le ponton s'avance, les clochers se précisent, et l'on pose le pied dans l'un des ensembles coloniaux les mieux préservés du Brésil, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2019 avec les eaux et les forêts qui l'entourent.
Des rues façonnées par la marée
Le centre historique se découvre uniquement à pied, et pour cause : ses rues pavées d'énormes pierres irrégulières, posées au XVIIIe siècle, découragent toute roue. Les bâtisseurs les ont volontairement inclinées vers la mer, si bien qu'aux grandes marées l'eau remonte dans certaines venelles et lave les pavés avant de se retirer. Marcher ici demande de bonnes chaussures et un peu d'attention, mais chaque carrefour récompense l'effort : façades blanches, encadrements peints de bleu, de jaune ou de rouge, balcons de bois où sèche du linge.
L'or, puis l'oubli, puis la renaissance
Paraty doit son plan en damier et ses demeures cossues au Caminho do Ouro, la route pavée qui acheminait l'or du Minas Gerais jusqu'aux navires en partance pour Lisbonne. Au XVIIIe siècle, la petite cité comptait parmi les escales les plus stratégiques de l'Atlantique Sud. Le déclin du cycle de l'or l'a ensuite plongée dans une longue somnolence, et c'est précisément cet oubli qui l'a sauvée : aucune modernisation n'est venue toucher ses ruelles. Des tronçons de l'ancienne route, tapissés de pierres moussues, se visitent encore dans la forêt au-dessus de la ville.
Églises et ateliers
Quatre églises ponctuent le damier colonial, chacune bâtie autrefois pour une communauté distincte. L'Igreja Santa Rita, élevée en 1722 face au port, est devenue l'emblème de la cité avec son fronton sobre et son petit musée d'art sacré. Sur la place principale, Nossa Senhora dos Remédios rassemble les fidèles depuis le XIXe siècle. Entre les deux, les rez-de-chaussée abritent des galeries, des ateliers de céramique et des boutiques d'artisans : Paraty attire depuis longtemps peintres et écrivains, et une fête littéraire réputée y rassemble chaque année des auteurs du monde entier.
La baie aux cent îles
Depuis le quai, des goélettes de bois proposent des sorties vers les plages et les îlots qui saupoudrent le plan d'eau. En quelques heures, on jette l'ancre dans des criques aux eaux calmes, on nage au-dessus de fonds clairs et l'on comprend pourquoi les cartographes ont renoncé à nommer chaque caillou. Ceux qui préfèrent la terre ferme peuvent longer le rivage jusqu'au fort Defensor Perpétuo, posé sur une pointe au nord du centre, pour embrasser d'un seul regard les toits, la baie et les montagnes.
Le verre de la tradition
Impossible de quitter Paraty sans croiser son eau-de-vie. Au temps de la colonie, le nom de la ville désignait la cachaça elle-même dans tout le Brésil, tant ses alambics étaient réputés. Quelques distilleries familiales perpétuent le savoir-faire dans les environs, et les boutiques du centre alignent leurs bouteilles ambrées à côté des confitures de banane et du sucre de canne. Une dégustation prudente s'impose, de préférence après la marche et avant le retour en annexe.
Quand la baie s'embrase
Le soir venu, les lanternes s'allument une à une sur les façades et les pavés luisent des dernières flaques de marée. Depuis l'annexe qui rejoint le navire, la ville redevient cette mince ligne blanche entre l'eau sombre et la muraille verte des montagnes. On emporte avec soi le son des sabots sur la pierre, l'odeur du café torréfié et la certitude tranquille que certains lieux gagnent tout à rester à l'écart du temps pressé.