L'approche en annexe vaut à elle seule le déplacement : depuis l'eau, Lunenburg déploie son quadrillage de maisons de bois rouges, bleues, jaunes et vertes qui escaladent la colline au-dessus des quais. Les navires mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers au cœur même du front de mer, à quelques pas des chantiers navals et des musées. Cette petite ville de la côte sud de la Nouvelle-Écosse, fondée en 1753, figure parmi les rares ensembles urbains d'Amérique du Nord inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, et elle porte cet honneur sans se prendre au sérieux.
Un plan colonial resté intact
Le vieux Lunenburg suit encore le plan en damier tracé par les arpenteurs britanniques au XVIIIe siècle : des îlots réguliers qui descendent en escalier vers le havre. Les colons protestants venus d'Allemagne, de Suisse et de France y ont bâti des demeures de bois dont beaucoup subsistent, ornées de la fameuse « lucarne de Lunenburg » en surplomb au-dessus des portes. Monter la rue Montague puis redescendre par les ruelles transversales permet d'embrasser trois siècles d'architecture en une heure de marche, appareil photo en surchauffe. Sur les hauteurs, l'église anglicane St. John's, élevée en 1754 puis rebâtie à l'identique après l'incendie de 2001, compte parmi les plus anciens lieux de culte du Canada.
Le port du Bluenose
Ici se trouve le port d'attache du Bluenose II, réplique de la goélette de course la plus célèbre du Canada, celle-là même qui figure sur les pièces de dix cents. Construite ici en 1963 selon les plans de l'originale, la goélette accueille les visiteurs à son quai lorsqu'elle est au port, et ses matelots répondent volontiers aux questions sur le gréement et les régates d'autrefois. La voir appareiller toutes voiles dehors dans la baie compte parmi les grands moments d'une escale chanceuse.
Le musée des pêches de l'Atlantique
Sur le front de mer, dans d'anciennes installations de transformation du poisson peintes en rouge vif, le Musée des pêches de l'Atlantique raconte la grande aventure de la morue, des doris et des bancs de Terre-Neuve. Aquariums, ateliers de construction navale et anciens pêcheurs devenus guides donnent chair à un métier qui a nourri et endeuillé toute la côte. Les navires amarrés au quai du musée se visitent de la cale à la timonerie, et un atelier attenant construit encore des doris selon les méthodes d'autrefois.
Saveurs de la côte sud
La rue Montague et les quais alignent comptoirs de homard, tavernes et distilleries artisanales. Plusieurs adresses affichent la provenance des prises, débarquées à quelques mètres des tables. On goûte ici la guedille au homard dans son pain grillé beurré, les pétoncles poêlés ou le rhum épicé produit sur place. Les becs sucrés repartent avec des caramels à la fleur de sel, et les amateurs de bière trouvent des brasseries installées dans d'anciens entrepôts à voiles.
Idées pour compléter la journée
- Grimper jusqu'à l'académie de Lunenburg, imposant bâtiment scolaire victorien qui domine la ville, pour la vue sur les toits colorés et la baie.
- Longer le sentier du front de mer vers le terrain de golf pour photographier le panorama depuis l'autre rive du havre.
- Pousser en excursion jusqu'au phare de Peggy's Cove ou aux villages de pêcheurs voisins lorsque l'escale est assez longue.
Le souvenir qu'on remporte
Lorsque l'annexe repart vers le navire, les façades colorées se reflètent une dernière fois dans l'eau du havre, et le Bluenose II tire doucement sur ses amarres. L'escale laisse une impression de justesse : une ville qui a su rester elle-même, fière de ses charpentiers et de ses pêcheurs, sans jamais se transformer en décor. On comprend, en la quittant, pourquoi tout un pays a mis sa goélette dans sa poche.