Au temps des grands voiliers, Yarmouth comptait plus de tonnage maritime par habitant que presque tout autre port au monde. Les capitaines qui faisaient fortune sur les routes des Antilles et de l'Europe rentraient bâtir ici des demeures à la mesure de leurs succès. Ces maisons peintes, hérissées de tourelles et de galeries ouvragées, veillent toujours sur les rues de la ville, à la pointe sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Le quai d'escale donne sur le front de mer, à quelques minutes à pied du centre et de son quartier patrimonial.
Le quartier des capitaines
Un circuit pédestre balisé parcourt le district patrimonial, où se concentrent des dizaines de résidences des styles Queen Anne, georgien et italianisant. Les guides locaux racontent les fortunes bâties sur le commerce du bois et du poisson salé, les naufrages, les veuves qui scrutaient l'horizon depuis les belvédères perchés sur les toits. La promenade se boucle sans se presser en une soixantaine de minutes, appareil photo en main, entre érables centenaires et clôtures de fer forgé.
Deux musées à hauteur d'homme
Le musée du comté de Yarmouth, installé dans une ancienne église de granit, conserve l'une des plus importantes collections de portraits de navires au Canada, des instruments de navigation et les souvenirs d'une époque où la ville armait des flottes entières. Sur le front de mer, le musée des pêcheries W. Laurence Sweeney reconstitue un quai des années 1900 : hangars, ateliers, bureau de l'armateur, odeur de goudron comprise. Les deux se parcourent aisément pendant une même matinée d'escale.
Entre deux visites, Frost Park offre une halte au cœur du centre-ville, autour d'une fontaine à trois vasques posée là depuis un siècle et demi. Les vitrines de Main Street mêlent librairies, cafés et commerces d'artisans, et l'on y entend parfois le français acadien de la baie Sainte-Marie voisine : la ville sert aussi de port d'attache au traversier qui relie la Nouvelle-Écosse au Maine, et les gens du coin ont l'habitude des visiteurs de passage.
Cape Forchu, la sentinelle
À une quinzaine de minutes de route du centre, le phare de Cape Forchu se dresse sur un éperon de roc balayé par les vents, à l'entrée du havre. Sa silhouette effilée, en forme de trognon de pomme selon l'expression locale, date de 1962 et illustre le passage saisissant entre mer et granit qui caractérise cette côte. Le parc environnant déroule sentiers, belvédères et salon de thé dans l'ancienne maison du gardien. Par temps clair, le regard porte jusqu'aux bancs de pêche que fréquentaient les goélettes d'autrefois; par temps de brume, la corne rythme la visite comme un métronome.
Le homard avant tout
Yarmouth s'affiche comme l'un des grands ports de pêche au homard du Canada : la flotte du sud-ouest néo-écossais débarque une part appréciable des prises nationales. Dans l'assiette, cela se traduit par des guédilles généreuses, des chaudrées onctueuses et des homards entiers servis sans chichi face au havre. Les environs ajoutent leur note acadienne : la région voisine de la baie Sainte-Marie, francophone depuis 1768, partage volontiers sa râpure, plat traditionnel de pommes de terre et de volaille que l'on ne trouve à peu près nulle part ailleurs.
Points de repère pour la journée
| Attrait | Distance du quai | Temps suggéré |
| Quartier patrimonial | 10 minutes à pied | 1 heure |
| Musée du comté | Un quart d'heure à pied | 1 heure |
| Musée Sweeney | Sur le front de mer | Trois quarts d'heure |
| Cape Forchu | 11 km | 2 heures avec le trajet |
Quand la corne de brume salue le départ
Le navire quitte le havre en longeant Cape Forchu, dont le feu balaie la passe comme il le fait pour les homardiers chaque matin d'hiver. Yarmouth n'élève pas la voix : elle laisse parler ses maisons de capitaines, ses quais de bois et sa table généreuse. Les passagers qui aiment les escales où l'histoire maritime se lit sur chaque façade tiennent ici l'une des plus sincères des Maritimes.