Praia signifie « plage » en portugais, mais c'est un plateau qui accueille le voyageur. La capitale du Cap-Vert s'est bâtie sur une table de roche volcanique dominant l'Atlantique, au sud de l'île de Santiago. Les navires accostent au Porto da Praia, à environ deux kilomètres du centre; un court trajet en taxi ou en navette suffit pour rejoindre le Plateau, le quartier historique perché qui donne son rythme à la journée.
Le Plateau, balcon sur l'océan
Là-haut, les rues se croisent à angle droit entre des bâtiments coloniaux aux teintes ocre et bleu. La place Alexandre Albuquerque, ombragée et pavée de mosaïques, en marque le centre, face à l'église Nossa Senhora da Graça et aux édifices officiels d'époque portugaise. Le marché municipal, à quelques rues, déborde de papayes, de bananes et de poissons tirés de l'Atlantique le matin même. Du haut des belvédères qui bordent la falaise, la vue s'ouvre sur le littoral, les toits de la ville basse et l'îlot Santa Maria posé dans la rade.
Sucupira, le grand bazar
En contrebas de la ville haute, le marché de Sucupira mérite le détour pour qui aime les ambiances africaines : tissus, cassettes de musique, épices, uniformes scolaires et batatas douces s'y vendent dans un joyeux désordre de parasols. C'est ici que bat le pouls quotidien de la capitale, loin de tout circuit touristique. On y entend le créole capverdien, on y marchande en souriant, et l'on y croise des vendeuses venues de toute l'île de Santiago.
Cidade Velha, le berceau créole
L'excursion phare de la journée mène à une douzaine de kilomètres à l'ouest, vers Cidade Velha, première ville coloniale européenne bâtie sous les tropiques et site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Dans la vallée, la Rua Banana aligne ses maisons de pierre aux toits de chaume; sur la place, le pilori du XVIe siècle rappelle sans détour le passé esclavagiste de l'archipel, plaque tournante de la traite atlantique. Au-dessus du bourg, la forteresse royale de São Filipe veille toujours sur la baie où relâchaient les galions. Les taxis de Praia font l'aller-retour en une demi-journée; les excursions organisées ajoutent souvent un guide francophone ou anglophone.
Saveurs et musiques de l'archipel
Avant de redescendre vers le terminal, une table s'impose : cachupa, le ragoût national de maïs et de haricots, poisson grillé du jour ou petits pastels frits. Le grogue, eau-de-vie de canne distillée sur l'île, accompagne le café local pour les plus curieux. Et partout, en fond sonore, la morna et la coladeira — ces musiques nostalgiques que la regrettée Cesária Évora a fait connaître à la planète entière — s'échappent des terrasses et des boutiques de disques.
Conseils entre plateau et rivage
- Négocier ou confirmer le prix des taxis avant de monter; les courses vers Cidade Velha se marchandent aisément.
- L'escudo capverdien est indexé sur l'euro; les euros en billets sont souvent acceptés, la monnaie étant rendue en escudos.
- Le soleil tape fort sur la ville haute : chapeau et eau sont de mise, même par alizé frais.
- Pour une baignade rapide, la petite anse de Quebra Canela, prisée des familles de la capitale, se trouve à quelques minutes du centre en taxi.
En larguant les amarres, beaucoup regardent longtemps la falaise et ses maisons colorées s'éloigner. Praia n'a ni la douceur balnéaire de Sal ni la montagne théâtrale de Santo Antão; elle a autre chose : la mémoire d'un carrefour où l'Afrique et l'Europe se sont rencontrées, pour le meilleur et pour le pire, et où est née une culture créole qui chante encore. Qui a entendu une morna au coucher du jour sur Santiago ne l'oublie pas de sitôt.