Zagreb ne se laisse pas approcher par l'eau : la capitale croate se mérite par la route, au terme d'un trajet d'environ une heure depuis l'escale fluviale de Sisak, sur la Sava. Les compagnies y consacrent généralement la journée entière, repas compris. L'autocar traverse une campagne de maïs et de clochers, puis la métropole surgit, adossée aux pentes boisées de la Medvednica. Deux collines jumelles, Gradec et Kaptol, se partagent depuis le Moyen Âge le cœur historique ; en contrebas s'étendent les places austro-hongroises et les parcs du 19e siècle. Une journée suffit pour saisir l'essentiel, à condition de bien choisir ses pas.
Kaptol et le marché Dolac
La journée commence idéalement place Ban-Jelačić, le grand carrefour où trams bleus et passants pressés se croisent sous la statue équestre du gouverneur. Un escalier mène en deux minutes au marché Dolac, où des dizaines de parasols rouges abritent fruits, fromages frais et fleurs coupées ; les vendeuses des villages voisins y tiennent leurs étals depuis 1930, tandis que la halle couverte, en contrebas, regroupe poissonniers et bouchers. Juste derrière s'élève la cathédrale, le plus vaste édifice gothique du pays, dont les flèches font l'objet d'une longue restauration depuis le séisme de 2020. Les échafaudages eux-mêmes racontent quelque chose : cette ville répare, consolide, continue.
Gradec, la colline des palais
De Dolac, la rue Tkalčićeva remonte l'ancien lit d'un ruisseau, bordée de maisons basses converties en cafés et en boutiques d'artisans. On atteint ensuite Gradec par la porte de Pierre, passage voûté du 13e siècle transformé en chapelle, où brûlent des cierges devant une icône rescapée d'un incendie. En haut, l'église Saint-Marc coiffe la place principale de son toit de tuiles vernissées aux armoiries éclatantes — l'image la plus reproduite du pays. Tout autour, ruelles pavées, palais discrets et musées de poche, dont l'étonnant musée des Cœurs brisés, consacré aux souvenirs de ruptures amoureuses envoyés du monde entier.
Le canon de midi et le funiculaire
Chaque jour à midi précis, un coup de canon tonne depuis la tour Lotrščak, perpétuant une tradition vieille de plus d'un siècle ; les habitants règlent leur montre dessus, les visiteurs sursautent. La tour se grimpe pour un panorama complet sur les toits rouges et la plaine de la Sava. Redescendre vers le bas de la cité peut se faire en funiculaire : 66 mètres de trajet, l'un des plus courts du monde, mais un raccourci apprécié depuis 1890.
La ville basse et l'heure du café
Au pied de la colline, tout respire à l'autrichienne : le théâtre national jaune vif, les façades sécession de la rue Ilica, et surtout le fer à cheval de verdure dessiné au 19e siècle — une enfilade de squares où le parc Zrinjevac, avec ses platanes centenaires, son kiosque à musique et ses fontaines, invite à ralentir le pas entre deux musées. Les amateurs d'art pousseront jusqu'à la galerie Strossmayer et ses maîtres anciens, ou vers le pavillon d'art et ses expositions temporaires. Les terrasses débordent dès le milieu de l'avant-midi, car Zagreb cultive le rituel du café long comme un art de vivre. On goûtera aussi les štrukli, feuilletés au fromage frais servis gratinés, spécialité que les brasseries locales déclinent du salé au sucré.
Reprendre la route du fleuve
Le retour vers le bateau traverse à rebours la même campagne, mais le regard a changé. Zagreb laisse le souvenir d'une capitale à taille humaine, sérieuse et rieuse à la fois, où dix minutes de marche séparent le marché paysan du palais baroque, et où les habitants trouvent toujours le temps d'une conversation de terrasse. Beaucoup de passagers notent son nom pour un futur séjour prolongé ; les escales réussies sont souvent celles qui sèment ainsi le prochain voyage.