Peu de villes allemandes assument aussi joyeusement leur sens de l'humour. Emden, grand port de la Frise orientale posé à l'embouchure de l'Ems, a donné au pays son comique le plus célèbre, Otto Waalkes, et lui consacre une maison entière en plein centre. Ce clin d'œil donne le ton : derrière ses bassins et ses canaux, la ville cache une personnalité chaleureuse, un grand musée d'art et une culture du thé unique en Allemagne.
Le Ratsdelft, cœur historique du port
Tout converge vers le Ratsdelft, le bassin historique creusé au pied de l'ancien hôtel de ville. Les navires-musées y sont amarrés à demeure, dont le bateau-phare Amrumbank, reconnaissable à sa coque rouge vif, qui guida longtemps les marins dans les bancs de la mer du Nord. Sur le quai, les façades reconstruites après la guerre encadrent le Musée régional de Frise orientale, installé dans l'hôtel de ville, dont les collections d'art et d'histoire retracent mille ans de vie entre terre et mer. Et à deux pas, la fameuse maison d'Otto, Dat Otto Huus, amuse les visiteurs avec ses souvenirs du comédien devenu citoyen d'honneur de sa ville natale. On y entre pour sourire, on en ressort avec une provision d'anecdotes et, souvent, un souvenir à l'effigie des Ottifants, ces éléphants dessinés devenus emblèmes locaux.
La Kunsthalle, une surprise majeure
Qui s'attendrait à trouver ici l'un des musées d'art les plus réputés du nord de l'Allemagne? La Kunsthalle d'Emden, fondée en 1986 par Henri Nannen, créateur du magazine Stern, expose une collection remarquable centrée sur la modernité classique et l'expressionnisme allemand. Les salles lumineuses, à taille humaine, se parcourent sans fatigue, et les expositions temporaires attirent les amateurs de tout le pays. Pour beaucoup de passagers, cette visite devient le point fort inattendu de l'escale. Les accrochages se renouvellent régulièrement, si bien que même les habitués y font des découvertes à chaque passage.
Canaux, thé et traditions frisonnes
Emden se découvre aussi au fil de l'eau : des barques d'excursion sillonnent les canaux qui quadrillent la ville, offrant un point de vue original sur les quartiers et les écluses. Retour sur le plancher des vaches, l'heure du thé s'impose : la Frise orientale cultive une véritable cérémonie, avec son thé noir corsé versé sur un nuage de crème et un morceau de sucre candi qui craque sous la première gorgée. Les salons de thé du centre perpétuent ce rituel quotidien avec un sérieux tout frison. La coutume interdit d'ailleurs de remuer la tasse : on laisse le sucre candi crépiter sous le thé, couche après couche, et il serait malvenu de refuser la troisième tournée.
Repères pour l'escale
| Lieu | Intérêt | Accès |
| Ratsdelft | Navires-musées, bateau-phare Amrumbank | Centre-ville, à pied |
| Dat Otto Huus | Univers du comique Otto Waalkes | Face au Ratsdelft |
| Kunsthalle Emden | Expressionnisme et modernité classique | À pied, au centre-ville |
| Tour en barque | Canaux et écluses de la ville | Embarcadères au centre |
Porte des îles de la mer du Nord
Le port d'Emden sert aussi de point de départ des traversiers vers Borkum, la plus grande des îles frisonnes orientales, dont les plages et les cures d'air marin attirent les Allemands depuis le dix-neuvième siècle. Si l'escale s'étire, la traversée compose une belle échappée au milieu des bancs de sable de la mer des Wadden, où paressent les phoques.
En larguant les amarres, on repense à cette ville qui a fait d'un humoriste son ambassadeur et d'une tasse de thé un art de vivre. Emden ne ressemble à aucune autre halte allemande : elle préfère le sourire à la solennité. C'est peut-être la leçon la plus précieuse à rapporter de la Frise orientale, avec un paquet de thé et deux ou trois blagues d'Otto.