Certaines villes doivent leur renommée à un monument. Gernsheim doit la sienne à un homme qui a changé la manière dont le monde lit. C'est ici, sur la rive droite du Rhin entre Worms et Darmstadt, qu'est né vers 1425 Peter Schöffer, l'un des pionniers de l'imprimerie, collaborateur de Gutenberg à Mayence. La petite cité de Hesse porte fièrement son surnom de Schöfferstadt, et l'escale prend des airs de rendez-vous avec l'histoire du livre.
Un accostage au rythme du fleuve
Les navires fluviaux se rangent le long des berges, à courte distance du centre. Le débarquement donne le ton : ici, pas de terminal ni de file d'autocars, seulement le clapotis de l'eau, quelques pêcheurs et le va-et-vient du traversier qui relie la rive opposée. La ville compte environ dix mille habitants et se découvre entièrement à pied, à un rythme qui laisse le temps de regarder.
Sur les traces de Peter Schöffer
Le centre s'organise autour de l'hôtel de ville et de la place du marché, où une statue rend hommage à l'enfant du pays. La maison Peter Schöffer, transformée en petit musée, raconte le passage du manuscrit au livre imprimé et le rôle discret que ce fils de Gernsheim a joué dans cette révolution. On y mesure à quel point une invention née à quelques kilomètres d'ici, dans la vallée du Rhin, a bouleversé l'Europe entière.
Des rues qui racontent sept siècles
La cité a reçu ses droits de ville au milieu du quatorzième siècle, sous l'empereur Charles IV. De cette longue histoire subsistent des ruelles paisibles, des façades soignées et l'église de pèlerinage Maria Einsiedel, fondée au quinzième siècle, qui attire encore des marcheurs venus de toute la région. L'ensemble se parcourt sans hâte, en croisant davantage d'habitants que de voyageurs.
Le Rhin comme fil conducteur
Le fleuve demeure l'âme des lieux. La promenade aménagée sur les berges suit le passage des barges chargées de conteneurs, spectacle hypnotique dont on ne se lasse pas. Chaque été, au mois d'août, Gernsheim accueille le Rheinisches Fischerfest, la plus grande fête des pêcheurs du Rhin, quatre jours de musique, de manèges et de poisson grillé qui rappellent que la cité a longtemps vécu de sa flottille. Le petit traversier qui fait la navette vers Eich, sur la rive opposée, ajoute son ballet régulier au spectacle; les habitants l'empruntent avec leurs vélos pour aller rouler dans les campagnes environnantes, et rien n'empêche le voyageur de faire de même, simplement pour le plaisir de la traversée.
Idées pour quelques heures à terre
- Suivre les berges du fleuve jusqu'au petit port de plaisance et observer le ballet des péniches.
- Pousser la porte de la maison Peter Schöffer pour comprendre la naissance du livre moderne.
- Marcher jusqu'à Maria Einsiedel, but de pèlerinage depuis le quinzième siècle.
- S'attabler dans une pâtisserie de la place du marché, où les gâteaux se dégustent en terrasse dès les beaux jours.
Une escale sans décor ni artifice
Gernsheim n'a rien d'une grande étape touristique, et c'est précisément ce qui fait son intérêt. On y observe la vie ordinaire d'une petite ville rhénane : les cyclistes qui filent vers les champs d'asperges, les conversations devant la boulangerie, les cloches qui sonnent l'heure au-dessus des toits. Pour le voyageur curieux, cette normalité tranquille vaut bien des monuments.
Au moment de larguer les amarres, on repense à ce jeune homme parti d'ici au quinzième siècle pour apprendre à Mayence un métier qui n'existait pas encore. Les livres ont voyagé depuis sur toutes les mers du monde. Il reste quelque chose de cette audace dans l'air du fleuve, et on quitte la Schöfferstadt avec l'envie de rouvrir un livre, tout simplement.