Agra India

Agra ne figure sur aucun plan de pont : l'ancienne capitale moghole se gagne depuis Delhi, par la route ou le train, en prolongement terrestre des croisières indiennes. Les itinéraires qui l'inscrivent au programme le savent bien : impossible de raconter l'Inde du Nord sans ce coude de la rivière Yamuna où se concentrent, en quelques kilomètres, trois sites classés au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour bien des voyageurs, cette étape restera simplement le sommet du voyage.

Le Taj Mahal, à l'heure où il s'éveille

On croit le connaître par les photographies; on se trompe. Commandé en 1632 par l'empereur Shah Jahan en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal, le mausolée de marbre blanc change littéralement de couleur avec la lumière — rosé à l'aube, éclatant à midi, ivoire au crépuscule. De près, les façades révèlent leurs incrustations de pierres fines, jaspe, cornaline et lapis, dessinant fleurs et calligraphies. Les abords immédiats sont interdits aux véhicules polluants : on termine l'approche en navette électrique ou à pied, ce qui ménage un vrai moment d'attente avant la première vision, par la grande porte de grès. La visite au lever du jour, avant la foule et la chaleur, demeure la plus mémorable. À noter : le site ferme le vendredi, une contrainte dont les organisateurs d'itinéraires tiennent compte.

Une cité royale de grès rouge

À 2,5 kilomètres en amont, le fort d'Agra — second site classé de la ville — déploie ses murailles de grès rouge élevées à partir de 1565 par l'empereur Akbar. Derrière les portes monumentales se succèdent palais de marbre, salles d'audience, mosquées et jardins suspendus au-dessus de la Yamuna. C'est ici que Shah Jahan, déposé par son propre fils, passa ses dernières années — avec, depuis ses appartements de captivité, une vue directe sur le tombeau de son épouse au loin. Peu de forteresses au monde racontent une histoire aussi romanesque.

L'autre rive : Mehtab Bagh et la barque au couchant

Pour retrouver le calme, il suffit de traverser la rivière. Les jardins moghols de Mehtab Bagh, exactement alignés sur le mausolée, offrent au couchant la plus belle contemplation qui soit : le monument se reflète dans la Yamuna pendant que les aigrettes regagnent les bancs de sable. Selon le niveau de l'eau, une promenade en barque traditionnelle permet aussi d'admirer la façade arrière depuis la rivière — un point de vue que la plupart des visiteurs ignorent.

Itimad-ud-Daulah, le « petit Taj » précurseur

Sur la même rive nord, le tombeau d'Itimad-ud-Daulah mérite mieux que son surnom de « Baby Taj ». Achevé en 1628, ce bijou de marbre incrusté a précédé et inspiré son illustre voisin; ses dimensions intimes permettent d'apprécier de très près la délicatesse des marqueteries de pierre. Les groupes y sont rares, les gardiens souriants, et la pause y est douce entre deux monuments majeurs.

Repères de distances

TrajetDistance approximative
Taj Mahal – fort d'Agra2,5 km
Taj Mahal – Mehtab Bagh (par le pont)environ 8 km de route
Fort – Itimad-ud-Daulahenviron 4 km
Delhi – Agraenviron 230 km, 3 à 4 h par autoroute

Entre deux monuments, la ville vit à plein régime : rickshaws, ateliers de pietra dura perpétuant le savoir-faire moghol des marqueteries de pierre, douceurs locales comme le petha, confiserie translucide vendue dans toute la vieille ville. Puis vient le moment de repartir vers le fleuve ou vers Delhi, la tête pleine de marbre et de grès rouge. Shah Jahan voulait bâtir un monument que le monde ne pourrait oublier; quatre siècles plus tard, chaque voyageur qui s'en éloigne en vérifie malgré lui la réussite.