Eresfjord Norway
Norway

Entre un lac de montagne et un bras de mer, une rivière à saumons de sept kilomètres relie deux mondes. C'est sur ses rives que vit Eresfjord, hameau agricole de l'Ouest de la Norvège rattaché à la commune de Molde, au fond du fjord qui porte son nom. Les rares navires qui s'aventurent jusqu'ici, souvent de petites unités d'expédition, offrent à leurs passagers une Norvège rurale et grandiose que les grands itinéraires ignorent.

Le pays de la rivière Eira

Le village s'étire le long de l'Eira, cette rivière limpide qui descend du lac Eikesdalsvatnet vers le fjord. Réputée depuis longtemps auprès des pêcheurs de saumon, elle demeure le fil conducteur de la vie locale : l'agriculture, la pêche et un tourisme discret font vivre les fermes dispersées entre les prés et les pentes. Une écloserie, fondée en 1956, veille d'ailleurs sur les populations de saumons et de truites de mer du bassin. Marcher le long des berges, entre les clôtures de bois et les meules de foin enrubannées, donne le ton de l'escale : ici, la nature ne se visite pas, elle s'habite. Le mois de la visite change tout : verts tendres et torrents gonflés au début de l'été, lumière ambrée et versants cuivrés dès la fin d'août.

Mardalsfossen, le géant saisonnier

À une vingtaine de kilomètres du village, au fond de la vallée d'Eikesdalen, se cache l'une des plus hautes chutes d'Europe. La Mardalsfossen dévale la paroi en deux paliers pour un dénivelé total de 655 mètres, dont une chute libre spectaculaire à l'étage supérieur. Son histoire est singulière : détournée pour l'hydroélectricité dans les années 1970, malgré des manifestations restées célèbres en Norvège, elle ne coule à plein débit que du 20 juin au 20 août, quand les vannes s'ouvrent pour l'été. La voir exige donc de tomber dans la bonne fenêtre, ce qui rend la rencontre d'autant plus précieuse.

Depuis le stationnement de Mardalen, un sentier de deux kilomètres monte vers le pied de la chute en trente à quarante-cinq minutes, d'abord sous les vieux ormes, puis en terrain plus raide jusqu'à 325 mètres d'altitude. Le vacarme augmente à chaque lacet, la bruine rafraîchit les visages, et l'arrivée face au rideau d'eau récompense largement l'effort.

La vallée d'Eikesdalen et ses eaux vertes

Le trajet vers la chute constitue en lui-même une excursion : la route longe le lac Eikesdalsvatnet, encaissé entre des parois vertigineuses, et passe devant la Strandfossen, autre cascade visible à l'entrée de la vallée. Les plus curieux poursuivent vers la route de montagne d'Aursjøvegen, qui grimpe en lacets vers les plateaux. Chaque kilomètre éloigne un peu plus du monde habité et rapproche de cette Norvège minérale où les fermes semblent poser leur défi tranquille aux montagnes.

Repères pour l'escale

LieuIntérêtAccès
Village d'EresfjordRivière Eira, fermes, berges du fjordÀ pied
MardalsfossenChute de 655 m, à plein débit du 20 juin au 20 aoûtEnviron 20 km, puis sentier de 2 km
Vallée d'EikesdalenLac encaissé, Strandfossen, route d'AursjøvegenEn véhicule ou excursion

Une escale pour initiés

Eresfjord ne figure dans aucun palmarès et c'est tant mieux : le voyageur y trouve ce que les hauts lieux ont perdu, le sentiment d'arriver quelque part. Un salut échangé avec un fermier, le claquement d'une ligne de pêche sur l'Eira, l'ombre des nuages sur les parois : la journée se compose de ces riens qui font les vrais souvenirs de voyage. Prévoyez des chaussures de marche et un imperméable : la météo change vite entre lac et littoral.

Au moment de quitter le mouillage, le regard remonte une dernière fois vers les hauteurs où gronde, peut-être, la Mardalsfossen. Les fjords célèbres réservent leurs foules; celui-ci réserve son intimité. Ceux qui l'ont connu gardent le secret avec un plaisir un peu coupable, comme on protège un coin de pêche.