Matarani Peru

Des collines couleur de cendre tombent dans un Pacifique presque noir, sans un arbre, sans une maison, sur des kilomètres. Puis une échancrure s'ouvre dans la falaise : des grues, des silos, une jetée. Matarani est d'abord un port de travail, l'un des grands débouchés maritimes du sud du Pérou, et il ne cherche pas à le cacher. Si les navires de croisière s'y arrêtent, c'est qu'il garde la porte d'un arrière-pays qui compte parmi les plus spectaculaires du continent.

Un amphithéâtre de désert

Le bourg accroché au-dessus des quais, rattaché au district d'Islay, vit au rythme des cargos. On peut y étirer les jambes le long du malecón Ratti, saluer l'église San Miguel Arcángel et observer les pélicans qui patrouillent la rade, mais l'escale ne se joue pas là. Elle se joue sur la route, car Matarani est avant tout un point de départ. Deux directions s'offrent au passager, très différentes par la distance et par l'ambition.

DestinationDistance depuis le quaiCe qui attend le voyageur
ArequipaEnviron 120 kilomètres, près de 2 heures de routeCentre historique classé à l'UNESCO, monastère Santa Catalina, volcans en toile de fond
MollendoEnviron 13 kilomètres, une vingtaine de minutesStation balnéaire d'époque, malecón, plages et restaurants de produits de la mer

Arequipa, la ville blanche

La route grimpe à travers un désert absolu avant de déboucher sur une oasis urbaine posée à plus de 2 300 mètres d'altitude. Arequipa doit son surnom de ville blanche au sillar, cette pierre volcanique claire dont sont bâtis sa cathédrale, ses arcades et ses demeures coloniales. Le monastère Santa Catalina, véritable cité dans la cité avec ses ruelles ocre et bleues, justifie à lui seul le trajet. Depuis le mirador de Yanahuara, le regard porte jusqu'au cône du Misti, volcan tutélaire qui veille sur les toits. Il faut accepter de passer quatre heures en autocar dans la journée; ceux qui le font remontent à bord avec le sentiment d'avoir vu l'une des plus belles villes des Amériques.

Mollendo, la voisine balnéaire

À l'opposé de cette longue équipée, Mollendo offre une escale douce. Cette petite station née avec le chemin de fer au XIXe siècle aligne ses maisons de bois peint au-dessus de plages que fréquentent surtout les familles de la région, l'été venu. On y marche le long du front de mer, on y mange un ceviche face aux vagues, on y goûte un Pérou côtier sans décor monté pour les visiteurs. C'est l'option de ceux qui préfèrent une matinée tranquille à une journée de route.

L'océan le plus généreux

Le courant de Humboldt, qui refroidit ces eaux, les rend aussi extraordinairement poissonneuses. Il suffit d'observer le ballet des bateaux de pêche et des oiseaux marins autour de la rade pour comprendre que cette côte aride nourrit tout un pays. Otaries et pélicans ne sont jamais bien loin des jetées, et le spectacle du déchargement, filets luisants et cris de mouettes, vaut souvent celui d'un marché.

Préparer sa journée

Ici, tout se décide avant de descendre : les distances ne pardonnent pas l'improvisation. Les excursions vers Arequipa partent tôt et remplissent la journée entière; Mollendo se rejoint en taxi ou en navette selon les arrangements du navire. Dans les deux cas, prévoir de l'eau et se rappeler que le soleil du désert, même voilé par la brume côtière fréquente le matin, brûle vite.

Le dernier regard

Au départ, quand le navire s'écarte de la jetée, les collines grises referment leur amphithéâtre et le désert reprend ses droits jusqu'à la ligne d'horizon. On comprend alors ce que cette escale avait d'étonnant : derrière la plus austère des façades se cachaient une ville blanche, des volcans et l'un des océans les plus vivants du monde. Matarani ne séduit pas au premier coup d'œil; elle récompense ceux qui sont allés voir plus loin.

Questions fréquentes

À la jetée du port commercial, l'un des grands débouchés maritimes du sud du Pérou. C'est un port de travail : grues, silos et cargos, sans terminal touristique.
On peut étirer les jambes le long du malecón Ratti et voir l'église San Miguel Arcángel, mais l'escale ne se joue pas là. Matarani est un point de départ : tout se passe sur la route.
Deux options, très différentes. Arequipa, la ville blanche, pour une journée entière; ou Mollendo, la petite station balnéaire voisine, pour une matinée tranquille.
Environ deux heures de route dans chaque sens, à travers un désert absolu. Il faut accepter quatre heures d'autocar dans la journée : c'est le prix à payer, et il se justifie.
À cause du sillar, une pierre volcanique claire dont sont bâties sa cathédrale, ses arcades et ses demeures coloniales. La ville est posée à plus de 2 300 m d'altitude, sous le cône du volcan Misti.
Le monastère Santa Catalina, une véritable cité dans la cité avec ses ruelles ocre et bleues : il justifie à lui seul le trajet. Puis le mirador de Yanahuara, d'où le regard porte jusqu'au Misti.
Une petite station née avec le chemin de fer au XIXe siècle, aux maisons de bois peint au-dessus de plages fréquentées surtout par les familles de la région. C'est un Pérou côtier sans décor monté pour les visiteurs.
À 2 300 m, la plupart des voyageurs ne ressentent rien de plus qu'un léger essoufflement dans les montées. Buvez de l'eau et ne courez pas : c'est bien en deçà des altitudes de Cusco.
Le sol péruvien. Les cartes passent dans les commerces d'Arequipa; prévoyez du comptant pour les taxis, les marchés et les pourboires.
De l'eau et une protection solaire. Le soleil du désert brûle vite, même voilé par la brume côtière fréquente le matin. Et décidez de votre journée avant de descendre : les distances ici ne pardonnent pas l'improvisation.