Admiralty Island Alaska

Les Tlingits l'ont baptisée Kootznoowoo, la « forteresse des ours ». Le nom dit tout. Admiralty Island, dans le sud-est de l'Alaska, abrite environ 1 600 ours bruns sur son territoire, soit à peu près un par mille carré et la plus forte concentration connue au monde. Aucun quai d'attache, aucun terminal : les navires d'expédition mouillent au large et les zodiacs déposent les passagers sur des plages de galets, au pied d'une forêt pluviale qui n'a presque jamais connu la hache.

Cette escale ne ressemble en rien à une journée de visite classique. On vient ici pour observer, attendre, écouter. La nature décide du programme.

Pack Creek, le rendez-vous des ours

Le site le plus réputé de l'île se trouve à l'embouchure de Pack Creek, sur la côte est. Certains groupes y accèdent par hydravion depuis Juneau, en une vingtaine de minutes de vol au-dessus des chenaux ; d'autres arrivent par bateau. Une courte marche le long de la grève mène à une pointe d'observation dominant l'estuaire. Lorsque les saumons remontent, en été, les ours descendent pêcher à découvert : femelles suivies de leurs oursons, jeunes adultes maladroits, gros mâles qui imposent le respect d'un simple regard. Les journées fastes, une dizaine d'individus se partagent la rivière et les herbages, indifférents aux humains regroupés en silence. L'accès demeure d'ailleurs contingenté : en haute saison, un système de permis limite le nombre de visiteurs quotidiens, gage de quiétude pour les animaux comme pour ceux qui les observent. Aucune barrière, aucun enclos : seulement des règles de conduite éprouvées et le respect mutuel qui en découle.

Une forêt plus vieille que nos histoires

Un sentier s'enfonce aussi sous les grands arbres, vers une tour d'observation nichée parmi des épinettes plusieurs fois centenaires. Marcher sous ces géants moussus, dans l'odeur d'humus et le cri des corbeaux, remet les proportions humaines à leur place. Par endroits, le sous-bois s'ouvre sur des clairières où les indices de passage rappellent qui règne ici : empreintes larges comme des assiettes, troncs griffés à hauteur d'épaule humaine. L'île appartient presque entièrement au monument national d'Admiralty Island, enclave protégée de la grande forêt de Tongass, et les pygargues à tête blanche y sont si nombreux qu'on cesse vite de les compter. Leurs cris perçants ponctuent la journée comme une trame sonore devenue vite familière.

Angoon, seule présence humaine

Sur la côte ouest vit l'unique communauté permanente de l'île : Angoon, village tlingit d'environ 570 habitants. Les itinéraires qui s'y arrêtent offrent une rencontre rare avec une culture autochtone dont les liens avec le saumon, le cèdre et le territoire se transmettent depuis des générations. Ici, la nature n'est pas un décor : elle est un garde-manger, une bibliothèque et un panthéon à la fois. Les eaux qui baignent l'île comptent d'ailleurs parmi les bons secteurs du sud-est de l'Alaska pour croiser baleines à bosse et orques en été.

Petit lexique de l'observation réussie

  • Suivre scrupuleusement les consignes des guides : distance, calme et lenteur sont la règle.
  • Prévoir des vêtements imperméables ; le sud-est de l'Alaska vit sous un climat océanique très arrosé.
  • Apporter des jumelles : loutres, phoques et baleines à bosse fréquentent aussi les chenaux voisins.

Repartir sur la pointe des pieds

Au moment où le zodiac s'éloigne de la grève, il arrive qu'une silhouette massive sorte du couvert et longe l'eau, exactement là où l'on se tenait quelques minutes plus tôt. Personne ne parle alors sur l'embarcation. La forteresse referme ses portes derrière ses visiteurs, et chacun comprend qu'il vient de recevoir un privilège : celui d'avoir été toléré, une journée durant, dans l'un des derniers royaumes que l'être humain n'a pas conquis.

Questions fréquentes

Nulle part. L'île n'a ni quai ni terminal : les navires d'expédition mouillent au large et les zodiacs déposent les passagers sur des plages de galets, au pied de la forêt pluviale.
Parce que les Tlingits l'ont baptisée Kootznoowoo, la « forteresse des ours ». L'île abrite environ 1 600 ours bruns, soit à peu près un par mille carré : la plus forte concentration connue au monde.
Non, et il faut le dire clairement. C'est une escale d'observation où la nature décide du programme : on vient regarder, attendre et écouter. Les chances sont excellentes en saison de remontée du saumon, jamais garanties.
Le site le plus réputé de l'île, à l'embouchure d'un ruisseau sur la côte est. Une courte marche le long de la grève mène à une pointe d'observation dominant l'estuaire, où les ours viennent pêcher.
Certains groupes y arrivent par hydravion depuis Juneau, une vingtaine de minutes de vol au-dessus des chenaux; d'autres par bateau. L'accès est contingenté et les départs sont limités.
À rien d'une visite classique : pas de ville, pas de boutique, pas d'horaire. Débarquement en zodiac, marche sur la grève, observation silencieuse. La houle et la météo peuvent modifier le programme sans préavis.
En pelures, avec un imperméable et des bottes de caoutchouc : la forêt pluvière du sud-est de l'Alaska porte bien son nom et le débarquement se fait souvent les pieds dans l'eau. Une paire de jumelles change la journée.
Seulement aux enfants capables de rester immobiles et silencieux pendant de longues minutes, en présence d'ours sauvages. Les opérateurs imposent généralement un âge minimum à Pack Creek.
Le dollar américain et l'anglais, l'île faisant partie de l'Alaska. Cela dit, il n'y a rien à acheter sur place : prévoyez tout à bord.
De juin à septembre, la seule fenêtre où les navires d'expédition circulent dans le sud-est de l'Alaska. Juillet et août, quand le saumon remonte, offrent les meilleures chances d'observation.