Aleutian Islands Alaska

Un chapelet d'îles volcaniques s'étire sur près de 2 000 kilomètres entre l'Amérique et l'Asie, séparant l'océan Pacifique de la mer de Béring. Les Aléoutiennes comptent parmi les territoires les plus isolés que puisse toucher un navire : brumes tenaces, vents constants, cônes enneigés surgissant de l'eau grise. Les itinéraires d'expédition qui s'y aventurent relient l'Alaska à l'Extrême-Orient ou explorent la chaîne pour elle-même, au moyen de zodiacs et de débarquements sur des rivages sans infrastructure. Chaque journée s'improvise selon la houle, la visibilité et les fenêtres météo, ce qui donne au voyage un vrai parfum d'aventure.

On ne vient pas ici cocher des monuments. On vient éprouver le bout du monde, sa faune innombrable et son histoire méconnue, sur cet arc volcanique qui appartient à la ceinture de feu du Pacifique et compte parmi les régions les plus actives du globe.

Dutch Harbor, capitale du bout du monde

L'escale principale de la chaîne dessert Unalaska et son port, Dutch Harbor, premier port de pêche des États-Unis en volume débarqué. Les montagnes dénudées y plongent dans des baies où s'affairent les chalutiers venus traquer morue et crabe royal. Au-dessus des toits se détachent les bulbes verts de la cathédrale de la Sainte-Ascension, érigée en 1896, plus ancienne église orthodoxe russe encore debout en Alaska et gardienne de centaines d'icônes. Sa présence rappelle que ces îles furent russes avant d'être américaines, et que la culture aléoute a traversé toutes ces dominations. Un musée local retrace d'ailleurs des millénaires d'occupation humaine dans l'archipel, des premiers chasseurs de mammifères marins aux flottilles de crabiers d'aujourd'hui, rendues célèbres par la télévision.

La guerre oubliée

Peu de voyageurs le savent : la Seconde Guerre mondiale s'est aussi jouée ici. L'île d'Attu, à l'extrémité occidentale de la chaîne, fut le théâtre de la seule bataille du conflit livrée en Amérique du Nord, au prix de milliers de vies. À Unalaska, un centre d'interprétation du National Park Service retrace cette campagne des Aléoutiennes, ses bombardements et l'évacuation forcée des habitants aléoutes. Bunkers et vestiges rouillés parsèment encore les collines, envahis par les herbes hautes.

Un sanctuaire d'oiseaux et de mammifères marins

Les eaux froides et poissonneuses nourrissent une vie marine d'une densité stupéfiante. Depuis le pont ou les zodiacs, on observe loutres de mer flottant sur le dos, phoques, baleines et renards patrouillant les plages. Les falaises grouillent de macareux huppés, de stariques et de mouettes tridactyles à pattes rouges, une rareté que les ornithologues viennent chercher de loin. Les otaries de Steller se rassemblent sur certains récifs et, les jours de mer calme, des orques croisent parfois dans les passes. Certaines espèces ne se voient pratiquement nulle part ailleurs, ce qui fait de chaque sortie une petite expédition scientifique.

Villages aléoutes

Quelques communautés perpétuent la présence humaine dans l'archipel, tel Akutan, blotti sous un volcan actif. Les habitants y vivent de la pêche, entre église orthodoxe, quais de bois et maisons battues par le vent. Les rencontres, simples et directes, laissent entrevoir un quotidien réglé par la météo plus que par l'horloge. On y mesure aussi la persistance de la langue et des savoir-faire aléoutes, transmis malgré les bouleversements du dernier siècle.

Cap sur la passe suivante

Quand le navire franchit une passe entre deux îles, il arrive que le brouillard se déchire d'un coup, révélant un volcan parfait au-dessus d'une mer d'encre, puis se referme comme un rideau. C'est peut-être l'image qui résume le mieux les Aléoutiennes : un monde entrevu, jamais possédé. Les passagers qui en reviennent parlent moins de paysages que d'une sensation, celle d'avoir navigué à la lisière des cartes.

Questions fréquentes

L'escale principale de la chaîne dessert Unalaska et son port de Dutch Harbor. Ailleurs, il n'y a pas d'infrastructure : on débarque en zodiac sur des rivages sans quai.
À une improvisation. Chaque journée se décide selon la houle, la visibilité et les fenêtres météo. On ne vient pas cocher des monuments : on vient éprouver le bout du monde.
Sur un chapelet d'îles volcaniques étiré sur près de 2 000 kilomètres entre l'Amérique et l'Asie, séparant l'océan Pacifique de la mer de Béring. L'arc appartient à la ceinture de feu du Pacifique et compte parmi les régions les plus actives du globe.
Brumes tenaces, vents constants, ciel gris la plupart du temps. Le soleil s'y mérite, et une escale peut être annulée pour cause de houle : c'est le prix d'entrée de cette région.
Le port de pêche le plus important des États-Unis en volume débarqué, l'église orthodoxe russe de l'Ascension et les vestiges de la Seconde Guerre mondiale qui parsement les collines. Les pygargues à tête blanche y sont si nombreux qu'ils tiennent lieu de pigeons.
Les îles ont été le seul territoire nord-américain occupé pendant la Seconde Guerre mondiale : Dutch Harbor a été bombardée en juin 1942, et les forces japonaises ont tenu Attu et Kiska. Cette campagne oubliée a marqué durablement la population unangan.
Des colonies d'oiseaux marins par centaines de milliers, des macareux, des otaries et des loutres de mer, avec des baleines au large. C'est la principale raison de venir : la faune, pas les monuments.
Le dollar américain et l'anglais, la chaîne faisant partie de l'Alaska. La langue unangan, dite aléoute, survit chez quelques locuteurs.
Peu. Les débarquements en zodiac par mer formée, le froid humide et l'absence totale de services en font une destination d'expédition pour voyageurs autonomes plutôt qu'une escale familiale.
De juin à septembre, la seule fenêtre praticable. Même alors, il faut accepter que le programme change en cours de route : la météo commande.