Il existe, sur la côte sud-est de Long Island, une anse paisible où le fond se dérobe d'un coup : à quelques brasses du bord, le turquoise vire au bleu nuit au-dessus d'un gouffre de 200 mètres. Dean's Blue Hole, l'un des trous bleus les plus profonds de la planète, a longtemps été le secret des apnéistes. L'ouverture de Calypso Cove, nouvelle porte d'entrée maritime au sud de Clarence Town, met désormais cette île tout en longueur à la portée des croisiéristes.

Calypso Cove, la nouvelle venue

Aménagée à la pointe méridionale de l'île, cette destination récente accueille les navires à quai — y compris les plus grands de la flotte mondiale — sans navettes ni attente. Autour du débarcadère se déploient lagune de baignade, secteurs de détente, sentiers, restaurants et commerces, pensés pour occuper une journée complète sans quitter le site. Les familles y trouvent des zones d'eau calme et de l'ombre en quantité, denrée précieuse sous cette latitude. Ceux qui s'en contentent passeront de bonnes heures; ceux qui s'aventurent au-delà toucheront à une des îles les plus attachantes de l'archipel.

Dean's Blue Hole, la merveille voisine

À l'ouest de Clarence Town, une courte route mène à ce phénomène géologique : un puits marin presque circulaire, protégé de la houle par un amphithéâtre de falaises basses et une langue de sable. On peut nager en surface et observer, masque au visage, la paroi qui s'enfonce dans l'obscurité; les poissons se concentrent sur le pourtour peu profond, ce qui rend l'endroit accessible même aux nageurs prudents. Chaque année, les meilleurs apnéistes du monde s'y retrouvent pour la compétition Vertical Blue, repoussant leurs limites dans une eau sans courant. Y tremper ses palmes procure un frisson singulier : celui de flotter au-dessus d'un abîme.

Clarence Town et les églises du père Jérôme

Le chef-lieu de l'île, quelques rues posées sur des collines devant un plan d'eau semé de récifs, mérite le détour pour deux silhouettes blanches qui dominent le paysage : St. Paul's, anglicane, et Sts. Peter and Paul, catholique. Les deux sont l'œuvre d'un personnage hors norme, John Hawes, architecte britannique devenu ermite sous le nom de père Jérôme, qui a parsemé les Bahamas de sanctuaires de pierre blanchie. Grimper les tours jumelles de l'église catholique offre une vue étendue sur les toits, les eaux du mouillage et les nuances de bleu qui composent l'horizon.

Une île, deux caractères

Long Island s'étire sur 130 km, rarement plus large que quatre. Sa façade atlantique encaisse la houle au pied de falaises sombres; sa côte sous le vent aligne anses tranquilles, hameaux de pêcheurs et murets de pierres sèches hérités des premiers colons. À la pointe nord, un monument rappelle que Christophe Colomb aurait longé ces rivages dès 1492 — trop loin pour une escale, mais les insulaires en parlent comme d'hier. Les fermiers élèvent chèvres et moutons, les pêcheurs remontent conques et mérous, et les distances se mesurent en conversations : impossible de demander son chemin sans repartir avec une histoire. C'est cette double personnalité — rude d'un côté, douce de l'autre — qui donne à l'île son relief humain.

Composer sa journée

Depuis le débarcadère, Dean's Blue Hole et Clarence Town se rejoignent en taxi ou en excursion organisée; prévoir de l'eau, des chaussures d'eau et des dollars américains en liquide. Ceux qui restent sur le site profiteront de la lagune sans logistique. Dans un cas comme dans l'autre, le retour au navire se fait avec le sentiment d'avoir touché à des Bahamas encore neuves pour la croisière — et l'envie de suivre, un jour, la route qui file vers le nord de cette île interminable.