Pendant des décennies, on est venu ici chercher du sable à la drague pour les chantiers de Floride. Puis MSC a racheté ce site industriel épuisé, retiré des tonnes de ferraille, planté des milliers de palmiers et d'arbustes indigènes, et rendu les fonds environnants à la vie marine. Ocean Cay MSC Marine Reserve, à une trentaine de kilomètres au sud de Bimini, raconte une histoire rare dans les Caraïbes : celle d'une île qui va mieux depuis que les navires s'y arrêtent.
On accoste, tout simplement
Ici, pas de canots ni de files d'attente : le navire s'amarre au quai et l'île commence au pied de la passerelle. Tout se rejoint à pied en quelques minutes — le point le plus éloigné demande à peine un quart d'heure de marche — et des voiturettes assurent la liaison pour ceux qui préfèrent rouler. Des dizaines de milliers d'arbustes et de palmiers indigènes ont été mis en terre lors de la transformation du site, et la végétation gagne en épaisseur d'année en année. Cette liberté d'aller et venir change la journée : on retourne à bord pour le repas si l'on veut, on revient pour la baignade de l'après-midi, sans jamais consulter l'horaire d'une navette.
Une réserve marine de 165 km²
Les eaux qui entourent l'îlot bénéficient d'un statut de protection sur environ 165 km². Les biologistes du programme de restauration corallienne y cultivent des boutures dans une pépinière sous-marine, avec l'objectif de repeupler les récifs voisins de coraux résistants au réchauffement. Le visiteur en perçoit les fruits masque au visage : gorgones, poissons-anges et tortues fréquentent les zones de nage désignées. Un centre d'interprétation présente le projet à ceux qui veulent comprendre ce qui se joue sous la surface. Des causeries et ateliers gratuits s'ajoutent selon les jours, souvent animés par des membres de l'équipe scientifique.
Huit façons de poser sa serviette
Le littoral se découpe en anses aux vocations distinctes, toutes surveillées. South Beach, la plus étendue, attire les amateurs de sports nautiques; Lighthouse Bay fait face au phare et à ses fauteuils-poufs posés dans le sable; un secteur aux eaux peu profondes accueille les familles avec jeunes enfants, tandis qu'une crique près du spa cultive le calme. La lagune intérieure, d'un turquoise laiteux, se prête au kayak et à la planche à pagaie, disponibles en location, tout comme les sorties guidées en tuba et les tours en catamaran. Les casse-croûte et camions de cuisine de rue parsèment l'ensemble; l'offre de base est comprise dans la croisière. Ceux qui recherchent un cran de confort supplémentaire réservent une cabana ou un secteur aménagé, mais rien n'oblige à dépenser un dollar de plus pour passer une excellente journée.
Quand le soleil tombe
Particularité précieuse : les navires prolongent souvent l'escale en soirée, parfois jusqu'à la nuit. L'île change alors de visage. On grimpe les 165 marches du phare pour le panorama du couchant, puis on redescend assister au spectacle : la tour s'illumine et danse au rythme de la musique, seul jeu de lumières du genre aux Bahamas. Feux de camp, ciel criblé d'étoiles loin de toute pollution lumineuse, retour à la passerelle en flânant : peu d'escales offrent ce luxe-là.
L'île qui se raconte autrement
Ocean Cay n'a ni village historique ni excursion lointaine à proposer, et ne s'en excuse pas. Sa promesse tient en trois mots : simplicité, eau et lumière. On y mesure aussi, sans discours, ce qu'une industrie peut réparer quand elle s'en donne les moyens. En larguant les amarres, beaucoup de passagers guettent depuis le pont le faisceau du phare qui balaie l'obscurité — dernière image d'une journée qui aura réconcilié farniente et bonne conscience.