Ici, on lève son verre avant même d'avoir posé ses valises. Hasselt s'est proclamée capitale du goût, et la réputation n'a rien d'usurpé : le genièvre y coule depuis des siècles, les terrasses s'y remplissent tôt et les vitrines de pâtissiers y rivalisent d'inventivité. Les bateaux de croisière fluviale rejoignent la cité limbourgeoise par le canal Albert, l'artère d'eau qui relie Anvers à Liège depuis 1939, et s'amarrent à courte distance d'un centre entièrement tourné vers la marche… et vers la table.

La cité surprend d'abord par son échelle humaine. Le noyau ancien, ceinturé de boulevards plantés là où s'élevaient les remparts, se traverse en un quart d'heure. Tout ce qui compte se trouve à l'intérieur de cet anneau : églises, musées, ruelles commerçantes et cafés où le temps s'étire.

Le musée du genièvre

Le meilleur point de départ tient dans un alambic. Installé dans une distillerie du 19e siècle, le Musée national du genièvre retrace la fabrication de l'eau-de-vie de grain qui a fait la prospérité locale : meules, cuves de cuivre et parfums de céréales composent un parcours vivant, couronné par une dégustation dans l'estaminet attenant. Le borrelmanneke, petit verre traditionnel, se déguste sec, d'un geste précis que les habitants montrent volontiers aux novices, sourire en coin. Dans la salle voisine, les étagères alignent des dizaines de bouteilles anciennes, mémoire d'un artisanat qui faisait vivre des quartiers entiers. Chaque automne, une grande fête de l'eau-de-vie locale transforme d'ailleurs les rues en célébration générale.

Clochers et béguinage

À quelques rues de là, la cathédrale Saint-Quentin élève sa tour gothique au-dessus des toits, tandis que la basilique Virga Jesse, baroque, conserve une Vierge miraculeuse portée en procession lors des fêtes septennales. Entre les deux, les ruelles alignent façades étroites et enseignes anciennes. L'ancien béguinage, havre de brique et de verdure, rappelle ces communautés de femmes pieuses qui ont marqué les cités flamandes ; ses jardins accueillent aujourd'hui expositions et pauses ombragées. Aux portes de la cité, l'ancienne abbaye d'Herkenrode, fondée au 12e siècle, prolonge cette histoire religieuse au milieu de ses vergers et de ses jardins d'herbes.

Un jardin venu du Japon

La surprise de l'escale attend en bordure du centre : le plus grand jardin japonais d'Europe. Né d'un jumelage avec la ville d'Itami, il déploie étangs à carpes, cerisiers, pavillon de thé et cascades sur plusieurs hectares. Au printemps, la floraison des cerisiers attire les foules ; en toute saison, le lieu distille une sérénité qui contraste joliment avec l'animation des rues commerçantes. Le trajet à pied depuis le cœur de la cité prend une vingtaine de minutes, ou quelques minutes en taxi.

La capitale du goût à l'œuvre

Reste à honorer la devise locale. Les chocolatiers et pâtissiers de Hasselt défendent leur spéculoos avec fierté, plus épais et plus moelleux que ses cousins ; les cafés de la Grand-Place servent bières régionales et plats limbourgeois copieux ; les boutiques de la Demerstraat et des rues voisines complètent la promenade gourmande. La mode a aussi ses quartiers, avec un musée qui lui est consacré et une réputation de destination de magasinage parmi les mieux établies de Flandre. Les amateurs de vélo noteront enfin que le Limbourg a inventé le réseau cyclable par nœuds, qui permet de rayonner dans la campagne environnante en toute simplicité.

Au retour vers le canal Albert, les silhouettes des clochers s'effacent derrière les arbres du ring. Hasselt aura offert une escale sans monument écrasant ni foule pressée, mais tissée de plaisirs concrets : un verre de genièvre, un jardin zen, une part de spéculoos encore tiède. C'est souvent ce genre de souvenirs, précis et savoureux, qui résiste le mieux au retour.