La baie de Paranaguá s'ouvre derrière un chapelet d'îles, si vaste que le navire semble glisser vers l'intérieur des terres longtemps après avoir quitté l'Atlantique. Sur la rive sud, des grues et des silos à grains annoncent l'un des grands terminaux céréaliers d'Amérique du Sud, puis une rangée de façades coloniales aux tons pastel apparaît au ras de l'eau. Fondée en 1648, la plus ancienne cité du Paraná veille sur son mouillage depuis bientôt quatre siècles.
Un centre historique au bord de l'eau
Le quai des croisiéristes donne pratiquement sur le vieux Paranaguá. Quelques minutes de marche suffisent pour rejoindre la Rua da Praia, l'ancienne rue marchande qui longe le fleuve Itiberê. Les maisons basses y portent encore leurs corniches ouvragées et leurs azulejos, héritage des négociants portugais qui firent fortune ici grâce au maté et au café. L'ambiance reste celle d'une ville de travail, où les pêcheurs déchargent leurs caisses à deux pas des terrasses.
Le collège des jésuites et l'église São Benedito
Sur le front de mer se dresse l'ancien collège des jésuites, un imposant bâtiment de pierre du XVIIIe siècle qui abrite aujourd'hui le Musée d'archéologie et d'ethnologie de l'Université fédérale du Paraná. Ses salles voûtées présentent des outils autochtones, des pièces de la culture caiçara et des témoignages de la vie quotidienne sur cette côte. Un peu plus loin, l'église São Benedito, modeste et blanchie à la chaux, compte parmi les sanctuaires coloniaux les mieux conservés de la région. Son dépouillement raconte davantage que bien des dorures.
L'Ilha do Mel, de l'autre côté de la baie
Face à la ville, l'Ilha do Mel garde l'entrée de la baie. Cette île sans voitures, protégée en réserve, se rejoint en bateau et se parcourt uniquement à pied, par des sentiers de sable entre les restingas. Selon le temps disponible, on peut y gravir le phare des Conchas, dont la silhouette domine les plages depuis 1872, ou s'avancer jusqu'aux ruines de la forteresse Nossa Senhora dos Prazeres, élevée au XVIIIe siècle pour barrer la route aux corsaires. Vérifiez les horaires de traversée avant de partir : l'estuaire impose son propre rythme.
La forêt atlantique en toile de fond
Derrière Paranaguá se dresse la Serra do Mar, l'un des pans les mieux préservés de la forêt atlantique brésilienne. C'est dans ces montagnes que serpente la ligne ferroviaire reliant la côte à Curitiba, la capitale de l'État, perchée à une centaine de kilomètres. Le trajet complet dépasse le cadre d'une escale ordinaire, mais certaines excursions organisées en parcourent la portion la plus spectaculaire, entre viaducs, tunnels et falaises couvertes de bromélias. Les passagers qui restent en ville profitent, eux, des mêmes montagnes en toile de fond, souvent coiffées de nuages accrochés à la canopée.
La table paranaense
L'heure du dîner offre une raison supplémentaire de s'attarder. La spécialité du littoral s'appelle le barreado : un bœuf longuement mijoté en marmite de terre cuite, servi avec de la farine de manioc et des tranches de banane. Le plat, né des fêtes de carnaval des communautés caiçaras, mijotait autrefois toute une nuit sous un couvercle scellé de cendre et de farine. Plusieurs restaurants du centre historique le préparent encore selon la tradition, et les portions se partagent volontiers.
Retour vers le quai
En fin de journée, la lumière rase la baie et dore les façades de la Rua da Praia. Les cargos attendent leur tour au large, comme ils le font depuis l'époque du maté. Paranaguá ne cherche pas à éblouir : elle poursuit simplement sa longue conversation avec la mer, et ceux qui ont pris le temps de l'écouter remontent à bord avec le sentiment d'avoir touché un Brésil qui travaille, mange et vit encore au rythme de son port.