Dans une clairière de la forêt, un wagon de chemin de fer a vu deux fois l'histoire du monde basculer. C'est à Compiègne, le 11 novembre 1918, que l'Allemagne signa l'armistice mettant fin à la Grande Guerre ; c'est au même endroit, par une revanche soigneusement mise en scène, que la France dut capituler en juin 1940. Peu de villes de cette taille portent une telle charge de mémoire, et les croisières de la vallée de l'Oise en font l'un de leurs temps forts.

Une escale fluviale aux portes de Paris

Les péniches-hôtels et petites unités qui remontent l'Oise depuis la Seine s'amarrent aux abords du centre, à quelques minutes de marche des monuments. La rivière, paisible et bordée de saules, n'a rien des grands axes touristiques : on y croise surtout des convois de fret et des hérons. Cette discrétion fait le charme des itinéraires picards, qui relient les jardins d'Auvers-sur-Oise, chers à Van Gogh, aux forêts du Valois. Compiègne en constitue l'apogée patrimoniale.

Le palais des rois et des empereurs

Face à ses jardins ouverts sur la forêt se déploie le plus vaste palais néoclassique de France. Louis XV et Louis XVI le firent bâtir comme résidence de chasse ; Napoléon Ier y accueillit Marie-Louise d'Autriche avant leurs noces ; Napoléon III et Eugénie en firent le théâtre des « Séries », ces fêtes d'automne où l'Europe entière se pressait. La visite enchaîne appartements impériaux, salles de bal et deux musées inattendus : celui du Second Empire et celui de la Voiture, où les carrosses côtoient les premières automobiles à vapeur. Comptez deux bonnes heures pour l'ensemble, davantage si les jardins vous retiennent ; l'allée des Beaux-Monts, percée pour Marie-Louise, file droit vers les futaies sur plus de quatre kilomètres.

La clairière de l'Armistice

À sept kilomètres du centre, au bout d'une allée forestière, la clairière de Rethondes conserve la mémoire des deux signatures. Le wagon exposé est une voiture jumelle de l'original, détruit en Allemagne en 1945, entourée des objets, photographies et films d'époque du mémorial. La dalle centrale, les rails et la statue du maréchal Foch composent un lieu d'une gravité prenante, où les visiteurs baissent naturellement la voix. Pour les passagers québécois, dont tant d'aïeux ont servi dans les Flandres et la Somme voisines, l'arrêt résonne souvent de façon personnelle.

Un centre ancien à taille humaine

Retour vers l'hôtel de ville, un bijou de gothique flamboyant dont le beffroi abrite les picantins, trois automates qui frappent les heures depuis le seizième siècle. Autour, les rues commerçantes mènent à l'église Saint-Jacques, où Jeanne d'Arc vint prier le matin de sa capture : c'est sous les murs de Compiègne, en 1430, que la Pucelle fut prise par les Bourguignons avant d'être vendue aux Anglais. Une tour du douzième siècle porte son nom près du pont, et la ville entretient son souvenir avec une fidélité touchante.

La forêt, cathédrale végétale

Plus de 14 000 hectares de hêtres et de chênes enserrent la ville, sillonnés d'allées rectilignes percées pour les chasses royales. Les excursions y ajoutent parfois le château de Pierrefonds, cette forteresse de conte reconstruite par Viollet-le-Duc, dont les tours crénelées surgissent des frondaisons à quinze kilomètres. Les cyclistes profiteront de la piste qui relie le centre au site de Rethondes, l'une des plus belles balades boisées du nord de la France.

Avant de redescendre la rivière

Le soir, les quais retrouvent leur calme, troublé par le passage d'un convoi de céréales et les cloches de Saint-Jacques. On repart avec des images contrastées : ors impériaux, silence du mémorial, automates du beffroi. L'Oise poursuit son cours modeste vers la Seine, et le voyageur comprend qu'il vient de traverser, en une seule journée, mille ans d'histoire de France concentrés entre une rivière et une forêt.