Une chouette de pierre, polie par des millions de mains, porte bonheur à qui la caresse de la main gauche. C'est peut-être la plus petite attraction de France, et c'est Dijon tout entière : une capitale d'art qui se laisse apprivoiser par de menus rituels. La péniche s'amarre au port du canal, ancien bassin de commerce devenu halte de plaisance, où un obélisque commémore le creusement du canal de Bourgogne. De là, l'ancienne cité des ducs se rejoint à pied, le long de l'Ouche puis des boulevards.

Le palais des ducs, cœur battant de la ville

Toute visite converge vers le palais des ducs et des États de Bourgogne, ensemble monumental qui enveloppe la place de la Libération, hémicycle dessiné par Jules Hardouin-Mansart, l'architecte de Versailles. Le palais abrite le musée des Beaux-Arts, l'un des plus riches de France, où trônent les tombeaux sculptés des ducs Philippe le Hardi et Jean sans Peur, entourés de leurs pleurants d'albâtre. Les plus vaillants gravissent la tour Philippe le Bon : du sommet, à 46 mètres, la ville déploie ses toits de tuiles vernissées aux losanges colorés, signature visuelle de la région.

Le jacquemart et les hôtels particuliers

Le centre ancien se découvre en suivant le parcours de la Chouette, balisé au sol en 22 étapes. Il mène d'abord à l'église Notre-Dame, dont la façade aligne des rangées de gargouilles et dont l'horloge à jacquemart, rapportée de Flandre par Philippe le Hardi en 1382, sonne les heures en famille : le forgeron mécanique s'est vu adjoindre femme et enfants au fil des siècles. Sur le flanc nord, la fameuse chouette attend sa caresse. Autour, la rue des Forges et la rue Verrerie alignent maisons à colombages et hôtels particuliers des parlementaires bourguignons, cours intérieures entrouvertes sur des escaliers de pierre.

Les halles et les plaisirs du goût

Dijon est la ville natale de Gustave Eiffel, et ses halles métalliques du XIXe siècle honorent cette filiation industrielle. Sous la charpente ajourée, les étals proposent époisses, jambon persillé, escargots et volailles de Bresse; les matins de marché, tout le quartier bruisse de cabas et de conversations. Impossible d'ignorer la moutarde, déclinée dans des boutiques historiques, ni le pain d'épices, autre gloire locale. Pour aller plus loin, la Cité internationale de la gastronomie et du vin, aménagée dans l'ancien hôpital général au bord de l'Ouche, explore le repas à la française sous toutes ses coutures, dégustations comprises.

Aux portes des grands crus

Certaines excursions prolongent la journée vers le sud, où commence la route des Grands Crus. Gevrey-Chambertin, Vougeot, Nuits-Saint-Georges : les noms des villages se lisent comme une carte des vins, et les climats du vignoble de Bourgogne, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, découpent les coteaux en un damier de murets et de clos. Une dégustation dans un caveau voûté suffit à comprendre pourquoi ces quelques kilomètres de pente comptent parmi les terroirs les plus étudiés du monde.

Flâner encore un peu

S'il reste une heure avant le retour à bord, le jardin Darcy et ses terrasses en étages offrent une pause ombragée près de la porte Guillaume. Les librairies et les boutiques de la rue de la Liberté se prêtent aux derniers achats : un pot de moutarde au cassis, une plaque de pain d'épices, quelques nonnettes.

Le canal retrouvé, la péniche semble presque immobile après tant de siècles traversés en une journée. La chouette a reçu sa caresse; selon la tradition, le vœu formulé se réalisera. Le nôtre est tout trouvé : que la Bourgogne nous rappelle bientôt à sa table.