Le Rhin se resserre, les parois d'ardoise se rapprochent, et une falaise de 193 mètres impose soudain le silence sur les ponts des navires : la Loreley. C'est ici, dans l'un des passages les plus étroits et les plus profonds du fleuve, que la légende installe sa sirène, peignant ses cheveux d'or pendant que les bateliers, envoûtés, couraient aux récifs. Sankt Goarshausen, blottie au pied du rocher, vit depuis toujours de ce voisinage entre le fleuve, la vigne et le mythe.
Un bourg sous deux châteaux
Le débarcadère donne directement sur la rue principale, bordée de maisons à colombages et de cafés tournés vers l'eau. Au-dessus du bourg veille le château Katz, élevé en 1371 par les comtes de Katzenelnbogen pour percevoir les péages; propriété privée, il ne se visite pas, mais sa silhouette compose avec les vignes l'un des tableaux les plus célèbres de la vallée. En aval, son rival miniature, le château Maus, complète ce duel félin que les riverains racontent avec le sourire. Une promenade plantée suit la rive, ponctuée de bancs d'où l'on regarde manœuvrer les convois en attendant la navette.
Monter à la Loreley
Le plateau de la Loreley se rejoint par des sentiers escarpés qui grimpent dans les vignes, ou par navette lors des excursions organisées. Là-haut, un centre d'accueil retrace la formation de la vallée, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, et des belvédères s'avancent au-dessus du grand virage du Rhin. On y observe les convois de péniches négocier le passage, minuscules vus d'en haut. Un amphithéâtre de plein air, niché dans un creux du plateau, accueille concerts et festivals à la belle saison.
De l'autre côté du fleuve
Aucun pont ne franchit le Rhin dans les gorges : un traversier fait la navette vers Sankt Goar, la jumelle d'en face. Au-dessus d'elle s'étendent les ruines de Rheinfels, l'une des plus vastes forteresses en ruine de la vallée, labyrinthe de courtines, de galeries et de caves que l'on explore une lampe à la main. Le panorama depuis ses terrasses embrasse les deux rives et donne la mesure de ce que fut la puissance des seigneurs du péage.
Le fleuve au travail
En redescendant vers le quai, prenez le temps de regarder passer les convois : le Rhin demeure l'une des voies navigables les plus fréquentées d'Europe, et le spectacle des barges chargées de conteneurs croisant les navires blancs a quelque chose d'hypnotique. Les terrasses servent un riesling des coteaux voisins, cultivé sur des pentes si raides que les vendanges s'y font encore à la main. Le verre à la main, on comprend pourquoi les poètes romantiques ont tant aimé ce décor.
Repères pratiques
- Débarcadère au centre du bourg; rue principale et cafés immédiatement accessibles.
- Plateau de la Loreley : montée exigeante à pied, navettes ou excursions selon les navires.
- Traversier pour Sankt Goar et la forteresse Rheinfels : traversée courte et fréquente en saison.
- Monnaie : euro. Le château Katz ne se visite pas; il s'admire depuis l'eau et les sentiers.
Ce que chante encore la sirène
Heinrich Heine a donné des vers à la Loreley, et les voyageurs du monde entier les fredonnent encore en passant sous la falaise. Quand le navire reprend son cap et que le rocher glisse lentement vers l'arrière, chacun scrute malgré lui la crête, au cas où. La légende ne dit pas si la sirène existe; elle dit seulement que personne ne traverse ces gorges sans lever les yeux. C'est déjà un enchantement.