Tasiilaq Ammassalik Island Greenland
Greenland

39 Croisières disponibles Au départ ou passage à ce port

Le navire jette l'ancre dans le Kong Oscar Havn, un bras de mer si bien fermé par les montagnes que le nom même de la localité, Tasiilaq, signifie « semblable à un lac ». Des fragments d'iceberg dérivent entre les coques; les embarcations déposent les passagers sur un rivage où les maisons de bois, rouges, bleues, jaunes, s'accrochent aux pentes comme des confettis sur la roche. Tasiilaq compte environ deux mille habitants : c'est la plus grande localité de toute la côte est du Groenland, et pourtant l'isolement se lit partout, dans les traîneaux qui attendent l'hiver devant les maisons comme dans les chiens qui hurlent à l'approche des embarcations.

Un comptoir au bout du monde

Le bourg est né en 1894, quand le Danemark établit ici un poste de traite pour la population tunumiit, isolée du reste de l'île par la banquise dérivante. Cette histoire récente se raconte au petit musée local, où l'on voit kayaks de chasse, vêtements de peau et masques rituels. Avec un peu de chance, la visite croise une démonstration de danse du tambour, tradition spirituelle millénaire dont les battements sourds semblent répondre au vent. L'atelier d'artisanat voisin permet d'observer les sculpteurs au travail : leurs tupilaks, figures fantastiques taillées dans l'os ou la corne, comptent parmi les objets les plus singuliers de l'Arctique.

La vallée des fleurs

Derrière le bourg s'ouvre la surprise de l'escale : une vallée que l'été arctique transforme, quelques semaines par année, en jardin. Le sentier suit un torrent entre les pentes, et le sol se couvre alors de touffes mauves, jaunes et roses, thym arctique, campanules, et l'épilobe à larges feuilles, fleur nationale du Groenland. La marche demande une à deux heures selon le rythme, sans difficulté majeure; le décor de pics sombres autour de cette fragile explosion de couleurs reste l'une des images fortes de la côte est. Emportez des vêtements chauds et coupe-vent même en plein été : ici, la météo décide seule du programme, et c'est très bien ainsi.

La glace en toile de fond

Selon la durée du mouillage, des sorties en bateau remontent le fjord d'Ammassalik vers des fronts glaciaires, ou approchent le fjord de Sermilik, l'un des plus actifs du Groenland, où les icebergs détachés de la calotte défilent en un cortège silencieux. Même sans excursion, le spectacle vient à vous : depuis le rivage ou le pont du navire, la lumière change d'heure en heure sur la glace, et chaque bloc qui passe emporte un peu du glacier vers l'océan. Les photographes gardent l'appareil à portée de main du matin au soir; personne ne sait jamais quand la brume se lèvera sur un iceberg de la taille d'une cathédrale.

Marcher dans le quotidien

Le tour du bourg lui-même vaut la peine d'être fait lentement. On y croise l'église de bois, l'école, le supermarché où arrivent par bateau les provisions de l'année, le petit port où les chasseurs amarrent leurs canots, et partout des attelages de chiens qui somnolent en attendant la neige. La vie ici ne se met pas en scène : elle se laisse simplement regarder, avec respect. Un sourire échangé, un ballon renvoyé à des enfants, et l'escale prend une dimension que nul monument ne procure.

Repartir avec la glace

Au moment de regagner le navire, les embarcations se faufilent de nouveau entre les blocs bleutés du havre. Beaucoup de voyageurs se taisent alors, sans se concerter. La côte est du Groenland fait cet effet : elle remet les proportions du monde à leur place, et l'on repart plus petit, mais étrangement plus riche, avec le souvenir d'une vallée fleurie posée au milieu de la pierre et de la glace.